Ding Canyon

Aujourd’hui, Dame Nature nous a donné une leçon. Leçon que nous ne sommes pas près d’oublier… D’ailleurs, nous avons décidé que le 16 septembre de chaque année serait un jour particulier : The Lesson Day.

Nous quittons Goblin Valley vers 13h00. Notre objectif, les fameux canyons Dang et Ding ou Ding et Dang dans le San Rafael Swell. Quelques nuages sont visibles dans  cette direction.

Nous arrêtons au Visitor Center de Goblin Valley d’une part pour acheter des cartes postales, d’autre part pour demander conseil à un ranger quant à notre projet. Cette dernière me dit qu’il va y avoir un orage plus tard dans la soirée mais que si nous y allons tout de suite, cela devrait être OK.

Nous partons donc en direction du parking où nous avions laissé la  voiture il y a quelques jours pour explorer Bell Canyon. De là, une piste utiliser le cours d’un wash, sur environ un mile.

Nous laissons la voiture et suivons le wash en direction de Ding ou de Dang, de toute manière, nous déciderons plus tard, lorsque le wash se séparera.

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Nous observons le ciel mais pour l’instant, rien d’inquiétant.

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De toute manière, nous nous sommes dit qu’au moindre doute, nous ferons demi-tour.

Nous dérangeons quelques bouquetins.

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Nous arrivons à l’heure du choix et optons pour Ding Canyon.

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A partir de là, les parois du canyon se resserrent et le canyon devient ce que l’on appelle un slot canyon…

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Nous avons choisi de prendre nos water shoes et nous avons bien fait… Très vite, de l’eau stagne par endroit.

Et bientôt c’est la pataugeoire (1) (2) suivies par des marmites de géants (3) !

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Le soleil a disparu et les nuages se font un peu plus inquiétants. Chacun de nous a une petite sonnette d’alarme qui vibre quelques part dans la tête mais nous sommes tout à l’excitation de la découverte et de l’exploration. Nous poursuivons notre chemin.

Nous sortons du slot canyon (1) pour constater que le ciel est franchement menaçant (2). Notre optimisme ne faiblit pas, sans doute à cause du ciel bleu, du côté opposé (3)…

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Quelques passages requièrent du scrambling, parfois assez technique. Tout ce que nous aimons !

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Ce sera la dernière photo… Le temps est vraiment menaçant, nous avons entendu au loin un coup de tonnerre et avons décidé de ranger tous les objets métalliques dans les sacs, de manière à pouvoir les éloigner de nous si l’orage devait arriver.

Nous sortons de Ding Canyon et partons au pas de course pour rejoindre l’entrée du Dang Canyon.

L’orage est presque au-dessus de nous. Stefano s’arrête, me regarde et me dit : “On rentre”. Et plutôt que de partir vers l’inconnu, nous décidons de rentrer par Ding Canyon… On sait à quoi s’attendre, on sait exactement le passage où il ne faut pas être s’il commence à pleuvoir.

En parlant de pleuvoir, quelques gouttes éparses commencent à tomber… Nous nous mettons à courir. Notre objectif est en premier lieu de passer les marmites de géants car le rocher est à nu et s’il devient humide il deviendra impraticable… Nous dévalons le canyon en courant.

Un des passages techniques nous arrête. Ni une ni deux, Stefano m’attrape à bras le corps et me descend. J’y laisse quelques bouts de peau, mais bon ça j’ai l’habitude… Top chrono, moins de 20 secondes.

Nous passons les marmites et nous arrêtons quelques instants. Que fait-on ? Aborde-t-on la partie étroite ? Les gouttes sont encore éparses, nous savons que cet endroit critique ne fait que quelques centaines de mètre… Un regard, un mouvement de tête et nous repartons en courant… La pluie s’intensifie…

Nous sortons de la partie étroite alors qu’il commence vraiment à pleuvoir. L’écart entre les éclairs et les coups de tonnerre n’est plus que de quelques secondes. Nous posons les sacs dans une anfractuosité de la roche et nous blottissons dans une niche, à flanc de falaise, à quelques mètres de là.

Le ciel s’ouvre et déverses des litres et des litres d’eau. Quelques minutes plus tard, le canyon est devenu le lit d’un torrent furieux, aux eaux rougeâtres, dévalant la pente à toute allure.

Les éclairs s’enchaînent. Il pleut tellement que les parois des falaises sont devenues des cascades. Nous sommes trempés et inquiets car nous n’avons pas une vue directe sur les sacs… Il ne manquerait plus qu’ils soient emportés par l’eau ! Je m’aventure hors du “terrier” de temps en temps pour vérifier. Ils sont bien toujours là, mais le relief particulier de la paroi à cet endroit concentre l’eau. Même si nous les avons protégés avec un sur-sac, le contenu va être trempé.

Dans notre tête, sans en parler, nous savons qu’il y a de fortes chances pour que toute notre électronique soit hors d’état de marche. Sans parler de la voiture, voiture que nous avons garé dans le wash, qui doit être maintenant le lit du torrent. Mais ce n’est pas grave, ce n’est que du matériel.

Je me sens misérable… J’ai froid, je suis trempée. Mais je n’ai pas peur, Stefano veille sur moi et tente de me réchauffer. Au moment où nous nous disons que ça ne peut pas être pire, la grêle arrive… Mouah ah ah ah !!!!

Nous restons ainsi, cois, à attendre que les éléments se calment. Les coups de tonnerre s’espacent, la pluie faiblit. Nous sortons de notre abri. Le wash est toujours impraticable, envahi par l’eau. Nous allons inspecter les sacs. Les vêtements sont trempés et seules les vestes GoreTex sont utilisables. Lorsque nous remettons les sacs sur les épaules, ils ont doublé de poids.

Nous décidons de redescendre vers la voiture par les crêtes. Nous montons, redescendons, remontons. Le terrain est détrempé mais il ne pleut presque plus. A 3 reprises, nous traversons le wash… Le niveau de l’eau a baissé mais le courant reste assez vigoureux.

Nous arrivons en vue de la voiture. Bonne surprise… Elle est là, bien sûr dans l’eau, mais elle est là. Nous voyons les roues arrière et sentons notre optimisme grimper en flèche. Mais au fur et à mesure que nous nous rapprochons, nous sentons que quelque chose ne tourne pas rond.

Très vite nous nous rendons compte que la voiture a été déplacée par la force de l’eau et qu’un rocher a stoppé son avancée. Mais elle a l’air intacte. L’eau est quelques centimètres plus bas que le niveau des portières.

La première opération urgente est de sortir la voiture de là, de la mettre en hauteur. La pluie a repris de plus belle. Des branches se sont accumulées derrière les roues, sous le châssis. Il faut dégager tout cela, enlever les pierres qui nous empêcheraient de reculer, stabiliser le terrain pour que les roues aient une prise.

Stefano met le contact et tourne la clé… Rien ne se passe. Un second essai. Le moteur tousse et se met en marche. Je vois des litres d’eau sortir du pot d’échappement ! Oh my gosh ! Le moteur tourne… Yes. Par contre, impossible de reculer, les roues tournent à vide.

Nous entassons des cailloux à proximité des roues, et après quelques tentatives, la voiture recule… Oh oui, la vie est belle. En fait, nous nous rendons vite compte qu’il n’y a pas vraiment de terrain découvert en hauteur… Néanmoins, nous nous garons sur un endroit au sec, mais pour combien de temps ?

Dans ma tête, je suis prête à passer la nuit ici. La piste empruntée à l’aller est toujours envahie par l’eau. Nous avons de quoi manger, de quoi boire, et éventuellement les sacs de couchage s’il fait froid. Stefano n’est pas de cet avis. Il veut absolument au moins rejoindre la route goudronnée.

Il est près de 20h lorsque nous partons à pied à la lumière de nos frontales pour évaluer la situation. L’eau nous arrive un peu plus haut que les chevilles et à part un ou deux passages un peu critique, nous pensons que la voiture peut passer. Arrivés sur la route goudronnée, nous apercevons de la lumière. Des campeurs. Stefano me dit : “Allons voir s’ils auraient une pelle à nous prêter”.

Toc Toc, 5 campeurs sont là, 2 garçons, 3 filles, bien au chaud dans une immense tente en train de dîner. Nous leur expliquons notre situation. Ils nous prêtent une pelle et nous disent que si nous sommes coincés avec la voiture, de revenir les chercher afin qu’ils nous treuillent. Cool.

Nous repartons d’un pas alerte, le cœur léger et la pelle en main. Le niveau de l’eau a légèrement baissé et nous entrevoyons une possibilité de dormir ce soir à l’hôtel.

A mi-chemin, nous entendons des voix et voyons de la lumière. Ceux sont les 2 garçons…  Gary et Charly, born and bred à Salt Lake City. Ils nous ont rejoint car ils nous disent qu’ils ne pouvaient pas décemment nous laisser tout seuls ! Ah, ces américains… Vraiment trop sympas. Nous arrivons à la voiture alors que l’eau baisse encore. Stefano se met au volant et nous marchons à côté, afin de le guider. Les passages que nous avions jugés critiques sont passés sans encombre. Nous voici sur la route goudronnée.

Nos “bienfaiteurs” nous disent qu’ils ont décidé de camper ici car plus loin, il y a quelques heures, le passage d’un dip (fossé) sur la route goudronné était impraticable. Plus d’un mètre d’eau déferlant à toute vitesse. Ah, pas bien.

Mais nous sommes bien décidés à dormir dans un lit. Nous irons voir et au cas où reviendrons ici. Nous remercions chaleureusement nos nouveaux amis, échangeons nos adresses mails, puis nous nous mettons en route pour Green River.

Effectivement, le dip est encore bien inondé mais nous venons de croiser une voiture. Deux jeunes nous ont dit qu’ils étaient passés, qu’il suffit de prendre un peu de vitesse et de ne pas s’arrêter. On tente le coup, on passe, et nous voici euphoriques sur la route en direction de l’hôtel.

Il est minuit lorsque nous arrivons. Nous prenons une bonne douche chaude, vidons les sacs dans la baignoire sans trier et sautons dans le lit. Demain, nous ferons un état de lieux. Il sera assez tôt pour voir s’il y a eu du dégât au niveau du matériel électronique. Avant de m’endormir, je souffle à l’oreille de Stefano… “Demain, je voudrais une journée tranquille”…

Références externes

En anglais

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