The Atlatl Panel

Nous avons fait notre repérage hier. Nous savons où aller et avons une idée assez précise de là où nous allons passer pour aller voir The Perfect Ruin. Sauf que… En descendant dans le canyon, nous apercevons une autre ruine qui nous fait un clin d’oeil irrésistible. Ruine accompagnée d’un magnifique panneau, The Atlatl Panel. Ensuite, sans doute tout excités de notre visite, nous nous trompons de canyon et découvrons une seconde ruine.

Nous avons dormi comme des bébés dans notre suite royale. Petit déjeuner avalé (et mâché), nous prenons la route qui va à Natural Bridges National Monument. Contrairement à hier, nous nous arrêtons au second pont car la distance à parcourir pour aller dans le secteur de The Perfect Ruin semble plus courte en partant de là. Chemin faisant, nous repérons une ruine qui va nous mener à The Atlatl Panel.

Ce matin, le ciel est incroyable.

Nous nous engageons dans la descente. Par habitude, nous avons toujours un œil qui traîne, observant les reliefs des falaises, à la recherche d’un détail, d’une forme « pas naturelle ». Nos regards parcourent les legdes, les alcôves, les pans de falaises qui nous semblent propices à accueillir des pictogrammes ou pétroglyphes. C’est automatique et instinctif.

Et c’est donc presque en même temps que nous pointons du doigt un petit grenier blotti sur un ledge, en face de nous.

Nous échangeons un regard enthousiaste et imaginons un moyen d’y accéder. Nous descendons encore un peu pour trouver un ledge qui nous amènera un peu en dessous. De là, il nous faudra trouver un moyen de monter sur le ledge supérieur, quelques 2 à 2.5 mètres au-dessus. Nous ne sommes pas les premiers à avoir imaginé cet itinéraire car nous suivons un faint trail.

Le passage pour monter sur le ledge se fait grâce à quelques pierres entassées. Il me faut néanmoins la main secourable de Stefano pour me hisser.

Nous y sommes.

Il y a d’abord une première ruine, ou plutôt un reste de ruine. Même si nous ne devions trouver que si peu, nous sommes déjà ravis

Nous continuons sur le legde pour trouver une seconde ruine.

Et puis, bientôt, c’est la fête ! Avec un grand F.

D’abord un petit grenier, en parfait état. C’est ce petit grenier qui a attiré notre attention, tout à l’heure, alors que nous descendions.

Puis deux pièces, également en très très bon état.

Un toit est intact.

Nous sommes sous le charme.

Nous contournons le promontoire mais derrière, il n’y a rien.

Nous revenons sur nos pas car, en arrivant, nous avons vu des pétroglyphes.

Et quels pétroglyphes ! Wow, ça c’est du panneau.

Il y a des scènes de chasse, des chèvres transpercées de flèches, des chèvres encore vivantes, des chiens, …

Il y a aussi des couples de personnages. Sur la photo ci-dessus, il y a deux couples, l’un suivant l’autre, les bras tendus. Les voyez-vous ?

Sur une autre partie du panneau, un autre couple, dans la même position. Ils sont tout à gauche.

Une chèvre en mauvaise posture, une lance la traversant de part en part. Lance très vraisemblablement jetée avec un atlatl, seul moyen d’avoir suffisamment de puissance pour infliger une telle blessure.

Mais, qu’est-ce qu’un atlatl ? Traduit par propulseur en français, c’est un dispositif permettant d’accroître la vitesse et donc la force de pénétration d’une lance. Il a été utilisé en Europe à l’ère du Magdalénien supérieur dans le sud ouest de la France et se retrouve chez les chasseurs-cueilleurs d’Artique, les arborigènes d’Australie, les Kanaks de Nouvelle-Calédonie et, bien sûr, les Native Americans.

Ces merveilles ne doivent pas nous faire oublier notre objectif principal : The Perfect Ruin. Nous nous préparons donc à quitter les lieux car nous n’avons aucune idée du temps qu’il nous faudra pour l’atteindre.

Je repère des moki steps (des marches sculptées dans la roche par les Native Americans). Presque collé à la paroi où se trouvent les moki steps, sur le ledge inférieur, un arbre.  Je montre ma trouvaille à Stefano en lui disant que la descente paraît plus aisée par là. Ni une ni deux, il se suspend à l’arbre et descend le ledge. Je suis le même chemin. Je me suspens à la branche. Là, il se passe quelque chose. Ce n’est pas très clair dans mes souvenirs mais mon corps vrille, sans doute à cause du poids du sac, et suspendue par les bras, mon corps est projeté un peu violemment contre l’arbre. Rien de bien méchant mais lorsque je retire ma jambe du tronc , j’y laisse un bout de peau. Wow. Pas cool. Je ne sens rien mais j’ai un gros trou sur le tibia, juste au dessus de la chaussette. L’os est visible.

Stefano est catastrophé et parle de rentrer. Moi, je suis zen, sans doute à cause de l’adrénaline et également parce que je n’ai absolument pas mal. Je détache tranquillement le morceau de peau qui pendouille. Nous sortons notre trousse de premier secours et pansons la blessure : désinfectant, pommade antibiotique, une bonne épaisseur de gaze et de l’élasto pour tenir le tout. Ah, l’Elastoplaste ! Il n’y a que ça de vrai. Dans ma tête, je me dis : il faut que ça tienne trois jours sans s’infecter. Après nous rentrons en Suisse donc quoiqu’il arrive ce ne sera pas grave.

Nous revenons sur nos pas et rejoignons le sentier officiel. Stefano se retourne. On remonte, me demande-t-il ? Pas question, dis-je. Nous continuons comme prévu. Nous descendons donc dans le White Canyon.

Arrivés en bas, nous trouvons nos points de repère et commençons à chercher un passage pour monter sur le premier ledge. Techniquement, ce n’est pas très difficile. Le plus difficile est de se frayer un chemin au milieu de la végétation. Nous sommes pourtant dans un désert, où d’aucun pourrait penser que la végétation est rare et clairsemée. Et bien non. Les buissons sont non seulement très denses mais aussi particulièrement agressifs. Buissons et arbres ont tous des épines ou des branches bien pointues. Parfois, nous parvenons à contourner une zone particulièrement dense, mais d’autres fois, c’est le seul passage possible. Nous écartons alors avec précaution les branches et progressons très lentement. A chaque passage un peu compliqué, je m’attends à ce que Stefano se retourne et me dise : on rentre. Mais non. Obstinés, nous parvenons à monter sur le second ledge. Pour nous rendre compte très vite que nous sommes et trop hauts et en plus bloqués car le ledge se fond avec la falaise.

Nous redescendons et continuons péniblement notre progression. Après une heure de galère, nous nous rendons à l’évidence. The Perfect Ruin n’est pas là. Nous nous sommes trompés. Stefano regarde son GPS et me confirme : nous ne sommes pas dans le bon canyon. Ah ah ah !!!

Nous sommes près à faire demi-tour lorsque quelque chose attire notre attention. Pas possible… Une ruine !

Nous n’en croyons pas nos yeux !

La maçonnerie est un peu moins soignée de ce que nous avons l’habitude de voir.

Elle n’a plus de toit et nous nous demandons d’ailleurs si elle n’en a jamais eu un. Il y a peu de débris autour et aucun morceau de bois qui pourrait témoigner d’un toit écroulé.

Au dessus de l’amas rocheux, une autre petite ruine, qui se réduit à un mur encore debout.

Nous sommes euphoriques. Même si nous savons la galère qui nous attend pour redescendre : la même qu’à la montée !

Au détour d’un ledge, je vois Stefano s’arrêter et regarder intensément au loin. Je stoppe net et j’attends. Au bout de quelques dizaines de secondes, il me montre un rocher, solitaire et proéminent. Il me dit : j’ai vu ce rocher sur des photos. Si je ne me trompe pas, c’est là que se trouve The Red Bear Panel. Nous irons voir plus tard pour en avoir le cœur net. Mais d’abord, me dit-il ironiquement, essayons de trouver notre Perfect Ruin.

Autoportraits du jour

Devant notre première ruine du jour, à côté de The Atlatl Panel.

Références externes

En anglais
Atlatl Panel est mentionné dans les blogs/sites de partage suivants :

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