Lago di Devero et Lago delle Streghe

L’itinéraire de cette randonnée, que je qualifie de facile, nous fait découvrir trois lacs. Le premier, le Lago delle Streghe, est un petit bijou niché dans une forêt de mélèzes. Le second, Lago di Devero, plus conséquent, est remarquable par ses eaux turquoise. Le dernier, le Lago Pianboglio, est peut-être le moins scénique mais termine la vallée au bout de laquelle se trouve la Suisse.

Ravis de notre première expérience, nous quittons San Rocco sur le coup de 9h. L’église du village qui, je le rappelle, ne compte que 19 habitants plus nous deux pour quelques jours, sonne avec application toutes les heures et toutes les demi-heures. Fort heureusement, elle est éloignée d’une centaine de mètres et le son de ses cloches ne nous dérange pas et surtout ne nous réveille pas en sursaut durant la nuit.

Cette fois-ci, plutôt que d’aller en direction du Val Formazza et du fond de la vallée, nous descendons en direction de Domodossola (Domo, comme on dit ici), mais pour quelques kilomètres seulement. À Baceno, nous nous engageons dans la Valle Devero, une vallée perpendiculaire à la Valle Antigorio.

Stefano a prévu de laisser la voiture à l’Alpe Devero, une petit village autrefois habité à l’année, est aussi petite station de sport d’hiver. La largeur de la route qui y mène est inégale, tantôt large avec une ligne de séparation, tantôt étroite où la voie de celui qui monte et celui qui descend est laissée à l’appréciation des conducteurs. Les plus audacieux roulent au milieu, les plus prudents n’hésitant pas à mordre sur le bas-côté.

Après un croisement avec une camionnette durant lequel j’ai retenu ma respiration, rentré mes épaules pour me faire la plus étroite possible, je lance à Stefano : si nous rentrons avec les deux rétroviseurs et les deux ailes avant intacts, nous pourrons nous considérer chanceux.

Là encore, un tunnel (mais celui-ci n’est pas hélicoïdal) permet de traverser les montagnes en prenant de la hauteur. Le revêtement, sur les 800 derniers mètres, tient plus d’une piste dans le désert que d’une route : terre battue aux larges nids de poule remplacent le goudron. Ici, de nouveau, la limite de vitesse est fixée à 50 km/h, répétée tous les 100 mètres par de jolis panneaux ronds. Dessus, un autre panneau illustrant, sans aucune ambiguïté, la distance minimale de sécurité à maintenir entre deux voitures : 100 mètres. La suite, vous la connaissez. Mais aujourd’hui point de dépassement hasardeux, seulement des voitures roulant à 1 mètre de nos feux arrière, comme pour nous pousser.

Et comme hier, nous arrivons entiers (ainsi que la voiture d’ailleurs) à notre destination. Le thermomètre de la voiture affiche 14°. Trop, pour un 9 octobre, à 1600 mètres d’altitude et…  à l’ombre.

Le parking (payant) n’est pas très bucolique. Les voitures sont garées en rond, autour d’un puits central. Des plaques suisses alternent avec des plaques italiennes. Mais, en levant les yeux, déjà illuminées par le soleil, des cimes dentelées à souhait incitent à la patience…

Voici notre première vision du village de l’Alpe Devero. Les bâtiments sont mignons, leur beauté sublimée par les montagnes alentours.

Nous traversons le pont qui enjambe le Rio Buscagna pour aller consulter les panneaux de départ de sentier. Notre sentier part sur la droite et nous franchissons à nouveau le pont. Nous laissons sur notre gauche une partie du village inexplorée. Nous reviendrons ici, m’assure Stefano.

Sur cette maison, en plus du cadran solaire, des traits indiquent la hauteur de la neige tombée en 1951 – le trait est au niveau du bord supérieur de la fenêtre du 1er étage puis, un peu en dessous, à environ mi-hauteur de la même fenêtre, la couche de neige en 2009. 2009, c’était il y a moins de 20 ans. Tout n’est pas perdu. Nous pouvons encore avoir quelques hivers rigoureux.

Devant ce vieux bâtiment charmant – Bar Pensione Fattorini – deux randonneurs terminent leur petit déjeuner. De la lumière filtre de l’intérieur. Le menu est succinct mais les mets nourrissent à coup sûr corps et esprit.

L’Alpe Devero… Un plateau circulaire à 1600 mètres d’altitude, entouré de mélèzes et de sapins.

Ancien village Walser, reconverti en station de sport d’hiver, divisé en plusieurs grappes de maisons. Pas plus d’une dizaine à chaque fois.

Plus de 80% des constructions sont en bon, voire excellent état. Le niveau esthétique des rénovations varie, entre de magnifiques chalets de pierre apparente aux poutres de bois vieux de plusieurs siècles à des maisons «modernes», crépies, où les propriétaires ont tenté avec plus ou moins de succès de redonner un air de vieux aux murs et ouvertures. Heureusement, ces dernières sont rares.

Ici nous somme à Cantone, au nord du village principal. Un sentier s’en échappe et court à travers les mélèzes.

L’absence de civilisation ne dure guère et nous traversons très vite d’autres hameaux, comme ici La Giovina

Ou encore Vallaro.

Une clairière, une étable et nous voilà en contrebas du Lago delle Streghe, ou le Lac des Sorcières. Hum, tout un programme.

Pour y parvenir, nous retournons dans la forêt où le sentier a de la peine à rester praticable, sous la poussée incessante des rhododendrons et des myrtilliers.

La végétation se raréfie et nous arrivons en bordure d’une tourbière.

La lumière est extraordinaire. Chaque aiguille de mélèzes semble éclairée de l’intérieur et irradie une lueur presque fluorescente.

Sur notre droite, le torrent qui alimente la rivière n’est qu’eau calme et transparente.

Le Lago delle Streghe est un petit lac aux eaux cristallines. Peu profond, nous pouvons distinguer toutes les pierres et autres troncs d’arbres qui y reposent.

Les jeux d’ombres et de lumières font miroiter les eaux. De belles truites arc-en-ciel flottent sans effort entre deux eaux. Ici elles ne craignent rien. L’Alpe Devero et ses environs constituent un parc naturel. Avec toute la protection de la faune et de la flore nécessaire.

Nous sommes sous le charme.

Deux jeunes hommes, appareils photos en main, cherchent le meilleur angle. Leur but diffère. L’un est plutôt intéressé par capturer le cerf qui brame, non loin, sur le flanc encore boisé du Pizzo Fizzo. L’autre, accroupi, ou plutôt assis sur ces talons, attend, immobile, l’objectif pointé vers le lac, qu’un poisson saute pour tenter de ferrer l’instant. Ils sont opportunistes, nous disent-ils. Nous sommes ici pour faire de la photo. Nous verrons ce que nous arrivons à récolter.

De l’autre côté du lac un couple de randonneurs vient s’incruster sur nos photos. Lui porte un tee-shirt jaune canari, difficile à ignorer.

Nous quittons les lieux et poursuivons notre chemin sur un petit ponton de bois qui nous permet de traverser une partie de la tourbière sans l’abîmer.

Nous cheminons ainsi jusqu’à Crampiolo.

Les truites arc-en-ciel peuvent nager sans crainte. La pêche est réellement interdite.

Là encore, beaucoup d’amour a été mis dans la rénovation des maisons, et les fautes de goût sont rares.

Sachant que nous reviendrons par ici, la lumière n’étant pas idéale, nous remettons la visite à plus tard.

La suite de la balade consiste à nous approcher du Lago di Devero et de sa digue. Car ici aussi, un barrage a été construit pour alimenter, en contrebas, la centrale hydroélectrique de Devero.

Le sentier qui y mène – mais peut-on parler ici de sentier ? – est pavé. Nous marchons en effet sur un bout de la Via Albrun (ou Via dell’Arbola), cet ancien chemin muletier qui reliait la vallée de l’Ossola (autrefois appelée Eschental par les Walser) à la vallée de Binn, dans le Haut-Valais, par le Col de l’Albrun (ou Bocchetta d’Arbola). On pense que c’est par ce col que les Walser sont arrivés dans l’Ossola, alors que ceux qui s’étaient installés dans le Val Formazza, seraient passés par le Griesspass (ou passo del Gries).

D’abord derrière nous, le couple que nous appelons désormais «jaune canari» nous dépasse alors que nous nous sommes déportés pour contempler la digue.

Ce barrage – Diga di Codelago – est considérée comme le plus vieux de ce type en Italie. Il fut construit en 2 phases : la première, entre 1908 et 1912, suréleva le niveau d’un lac naturel d’une vingtaine de mètres. Entre 1921 et 1924, le barrage gagna 3 mètres de hauteur. Simultanément, il fallut construire une petite digue, en terre celle-ci, pour éviter que l’eau ne s’écoule par une autre petite vallée. Le matériau de construction utilisé fut local tandis que le ciment fut transporté à dos d’homme ou de mule.

Le dernier bout de montée pour nous mettre à niveau avec le barrage me laisse haletante. Mes jambes avaient pensé un instant que nous étions arrivés en haut et les remettre en route nécessite des encouragements, voir des tapes sur les fesses.

La voie est royale.

Nous voici maintenant au bord du lac. La baignade y est déconseillée car malgré le calme apparent, l’eau s’engouffre sous la surface dans des conduites forcées. Pourtant, la plage invite à faire trempette.

Stefano me montre sur la carte quelle est notre prochaine étape. D’abord, longer le lac sur toute sa longueur puis rejoindre un autre lac. Trois lacs en une journée, que demander de plus ?

Un sentier étroit suit la rive ouest du lac.

De magnifique, le paysage devient idyllique.

Les passages dans les mélèzes alternent avec des traversées de pierrier.

De la montagne dont les crêtes flirtent avec les 2500 mètres, des torrents s’écoulent. Les traversées sont aménagées soit par des rangées de rochers bien alignés, soit par des petits ponts de bois (la la la lalère..) dont certains nécessitent un minimum d’équilibre. Rien de bien dangereux, d’autant que le passage du ruisseau aurait pu se faire facilement en sautant d’une pierre à l’autre.

Un peu plus loin, juste avant qu’une sente ne se détache du sentier principal pour partir vers le lac, le pont est nettement plus sophistiqué.

Le sentier qui descend vers le lac mène vers une construction, constituée d’une étable qui peut être a été aménagée en abri ou en refuge et d’une table de bois. La porte est verrouillée. L’endroit s’appelle Larecchio.

Du replat où est installée la construction, l’accès au lac est proche.

Incrustée dans la table, une petite statuette de bois au style naïf m’enchante. Son pendant se trouve près de la porte d’entrée.

Alors que nous remontons vers le sentier principal, nous croisons l’homme au tee-shirt jaune. Sa compagne est restée assise à la croisée des sentiers, buvant de grandes goulées d’eau d’une bouteille en plastique. La fatigue marque son visage.

Le bout de lac est maintenant visible. Le sentier prend un peu de hauteur et bien qu’il reste large, s’est vu doté d’une barrière afin que l’itinéraire puisse être à la portée de tous.

Il est vrai qu’un pas de travers se solderait par quelques ricochets sur des rochers puis un joli plongeon.

Le passage protégé est de courte durée et le sentier nous ramène bientôt à deux ou trois mètres de la surface.

A l’extrémité du lac, un panneau propose le retour en longeant l’autre côté du lac. Mais nous avons un troisième lac à voir.

Il nous faut monter encore de 150 mètres pour arriver à son niveau.

Le sentier se faufile entre de vieilles constructions en ruine.

Nous sommes maintenant hors de la forêt et le terrain est rocailleux, longeant le Rio d’Arbola.

Un kilomètre après avoir quitté le bout du lac, nous apercevons une digue. Ou plutôt ce qu’il en reste. Elle a vu des jours meilleurs. D’ailleurs il semblerait que les locaux la surnomment la « Diga rotta », autrement dit la digue cassée. Construite en terre, intégrant des noyaux internes en argile, le tout recouvert de pierres sèche, la première tentative de remplissage du réservoir se solda par un échec. Des sources se formèrent en aval du barrage. Abandonnée, la digue fut volontairement rompue avant d’être abandonnée.

L’eau du Lago di Pianboglio s’écoule librement au travers de 3 conduites métalliques.

A l’extrémité gauche de la digue, un bâtiment, encore debout.

Nous traversons la digue. Pour remonter au niveau du sentier, des plaques de métal solidement ancrées dans le béton font office de marches.

Il ne nous reste plus qu’à trouver un endroit propice au pique-nique.

D’un commun accord, nous nous dirigeons vers l’extrémité nord du lac tout en gardant entre l’eau et nous une bonne distance car le terrain semble marécageux.

Lorsqu’un alignement de rochers nous paraît convenable, nous y posons nos sacs et attaquons à belles dents notre sandwich.

Le couple « jaune canari » s’offre également une pause, à distance respectable.

Nous ne sommes pas loin du sentier qui part vers la Bochetta d’Arbola, qui marque la frontière franco-suisse. Repus, nous nous décidons à entamer le retour. Stefano a prévu de rentrer par un sentier qui chemine de l’autre côté du Lago di Devero. Nous partons donc vers l’est, à la recherche de ce sentier, non sans, au passage, déguster quelques myrtilles mûres à point.

Nous avons pris un peu de hauteur et évoluons maintenant dans une prairie aux herbes hautes et jaunes. Peut-être était-ce, autrefois, un alpage.

Quelques petites mares apportent un peu de relief tandis que nous soupçonnons les rhododendrons de gagner progressivement du terrain, profitant de l’absence répétée du bétail.

Le sentier se démultiplie et le marquage se fait rare.

Sans nous en rendre compte, nous perdons le tracé initialement prévu et nous retrouvons sur une vilaine route fortement pentue et recouverte de cailloux roulants et de terre battue.

A l’Alpe Canaleccio, la durée du retour à la voiture est estimée à 1h40. Stefano regarde le GPS et c’est là que nous nous rendons compte du changement d’itinéraire. Nous espérons bientôt pouvoir revoir sur le droit chemin car cette route nous rappelle méchamment celle d’hier, qui du Lago Morasco nous a ramenés à Riale.

Une vue des bâtiments, en travaux d’ailleurs, de l’Alpe Canaleccio. Et de la route, qui, à cet endroit, nous accorde un peu de répit.

Fort heureusement, la tendance continue et la route s’aplanit toujours. La marche devient moins pénible. Il faut dire aussi que maintenant nous avons une belle vue du lac, ce qui aide à occuper l’esprit.

Alors que nous marchons en papotant, je repère au dernier moment une vague trace rouge et blanche sur un caillou. Elle nous semble anodine et nous continuons sur la route jusqu’à ce que Stefano remarque, un peu en dessus de nous, des murs de pierres sèches soutenant vraisemblablement un ancien chemin. Ni une ni deux, nous faisons demi-tour, remontons quelques dizaines de mètres pour bifurquer sur le vieux sentier aperçu précédemment.

Ce qui nous permet d’avoir une vue encore plus plongeante sur le lac.

Nous arrivons à la seconde digue, la diga della Forcoletta, celle qui fut construite pour que l’eau, dont le niveau était monté, ne s’écoule pas dans une autre vallée. Elle n’est pas très large, le bras du lac, à cet endroit, ne mesurant que quelques dizaines de mètres.

Nous apercevons une ultime fois notre couple « jaune canari ».

Je n’ai pas le courage de faire un détour pour aller voir un village et une église puis la digue principale, sur son côté est. En écrivant ces lignes, je le regrette mais une autre occasion se présentera, c’est certain.

Le sentier se transforme à nouveau en voie royale à l’approche de la civilisation.

La civilisation n’est autre que le village de Campriolo, que nous rejoignons après avoir traversé le torrent qui s’échappe de la petite digue. La lumière est idéale et nous n’hésitons pas à gaspiller les pixels par millions.

Un monsieur est en train de fermer sa maison. Et quelle maison !

Nous engageons la conversation. Stefano lui raconte que son arrière-grand-mère vient de Premia. Lui répond du tac au tac : «mais alors tu es l’un des nôtres». Stefano sourit, ravi.

Il ne nous reste plus qu’à rentrer à l’Alpe Devero. Nous choisissons l’option sentier plutôt que l’option route, encore un peu traumatisés par la descente de l’Alpe Canaleccio.

Notre choix se révèle être excellent, malgré un premier raidillon qui me laisse pantelante. Diable, là encore, les jambes avaient cru que l’effort était terminé.

Au lieu-dit Corte d’Ardui, un vététiste nous rejoint.

Il est ravi de sa journée et s’engage dans le sentier que nous allons suivre. Nous le retrouvons quelques mètres plus loin, en sens inverse, poussant son vélo, penaud. Il y a des marches, nous dit-il. Je n’ai plus l’âge de tenter une telle descente. Je retourne sur la route.

Entre marches construites en pierre ou constituées d’une traverse de bois et rochers au travers du sentier, nous ne pouvons qu’approuver son choix.

En arrivant aux abords d’un pont, juste avant de rejoindre le village de Devero, un petit oratoire abrite un crucifix et un texte. Nous sommes tout surpris d’y lire non pas le récit d’un malheur mais un remerciement pour un enfant né en 2002.

Nous bouclons notre boucle non loin du Bar Pensione Fattorini.

Nous ouvrons les portières de la voiture à 17h30, les yeux émerveillés par le Lago delle streghe et le Lago Devero. Nous rentrons à San Rocco en nous remémorant avec enthousiasme les moments forts de la journée. Remarque : comme pressenti ce matin en quittant la voiture, nous avons eu chaud, voire très chaud.

Itinéraire du jour

C’est ici et c’est chez Suisse Mobile.

Autoportraits du jour

Au Lago di Pianboglio.

Références externes

En français

En italien

 
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À propos de Marie-Catherine

Randonneuse, blogueuse et photographe amateur chez Two Swiss Hikers.

En phase de préparation de voyage, je m'occupe du choix voire de l'achat du matos et organise les bagages. Ma principale activité consiste à me réjouir des vacances qui arrivent ! Je deviens plus active au retour : il faut trier les photos (et des photos, il y en a...) et rédiger les billets de ce blog.

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