Pinnacle Peak

Le fort enneigement nous oblige à changer nos plans. Le sentier qui mène à Pinnacle Peak est quasiment impraticable. Le hasard (et notre obstination) nous mènera au Castle.

Je crois bien que ce matin le ciel a oublié d’être bleu. Mince !

D’autant que la balade du jour doit nous emmener vers Reflection Lakes, des lacs fameux et célèbres car ils reflètent le Mont Rainier. A condition que le Mont Rainier soit visible… S’il n’y a rien devant un miroir, le miroir ne reflète… rien.

Nous partons néanmoins pleins d’optimisme. Soyons déjà contents : il ne pleut pas, même si la température est abruptement tombée cette nuit.

Nous parton en direction de Paradise. 

Le plafond de nuage est bas, très bas.

Et voici un des deux lacs, à peine sorti de la brume.

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De reflets, point, mais nous trouvons un iceberg.

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Quelques rayons de soleil nous donnent de l’espoir. Nous restons un moment à nous balader au bord de l’eau.

Puis nous nous rendons à l’évidence… A moins d’un coup de baguette magique, le Mont Rainier ne dégagera pas de sa gangue de nuages avant quelques heures. Pour autant qu’il daigne se montrer.

Tout près du parking, un trail head qui par en direction de Pinnacle Peak.

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2 miles. Voilà qui devrait nous occuper quelques heures et, tout du moins, nous réchauffer.

Nous perdons les traces après quelques dizaines de mètres.

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Par deux fois, Stefano sort son GPS et nous ramène sur le droit chemin.

Nous traversons en dévers un vaste champ de neige. La pente est raide. J’entends de l’eau courir sous la neige.

Je commence à me faire des films dans la tête. Et si l’un de nous glisse, qu’il n’arrive pas à s’arrêter… Si la neige s’effondre sous notre poids… Une fois que le doute est dans l’esprit, l’imagination galope.

La dernière fois que j’ai eu ce sentiment, je n’avais rien dit. Et nous l’avions amèrement regretté même si l’aventure s’est, somme toute, bien  terminée. C’est à cette occasion que nous avions décidé de créer la fête nationale du pays des Two Swiss Hikers, le Lesson day. En parlant de fête nationale, nous sommes le 4 juillet, jour de fête nationale, justement

Je me décide. Je parle à Stefano de mon malaise. Il n’insiste pas et me propose de redescendre.

La couverture de nuages semble se déchirer. Quelques lambeaux de ciel bleu sont visibles. Nous décidons de rester un moment. Bien nous en prendra.

Le crâne du Mont Rainier se dégage. Nous sommes euphoriques.

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Nous revenons sur nos pas.

Un bout de sentier dégagé nous fait regretter qu’il y ait autant de neige. L’été, la balade doit être magnifique.

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Nous redescendons de quelques centaines de mètres.

Cependant, inconsciemment, nos pas nous ramènent dans la pente.

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A plusieurs reprises, nous nous enfonçons soudainement jusqu’aux genoux. Sous la neige, un sapin est prisonnier et la couche de neige plus assez épaisse pour résister à notre poids.

Mais il n’y pas de danger. Nous n’entendons pas d’eau.

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Nous entrevoyons les lacs. Il faudrait que nous puissions monter de quelques dizaines de mètres pour avoir une belle vue.

Les champs de neige sont moins pentus, je suis plus en confiance.

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Nous sommes maintenant face à une combe enneigée, en forme d’entonnoir.

Stefano se retourne et me dit : en fait, pourquoi s’obstiner à vouloir monter ?

Il a raison. Mais nous voyons bien que après ces 5 à 6 mètres critiques, il y a un plateau. Tentant, non?

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A notre gauche, une langue de terre hors de la neige va dans la même direction. Seul problème : quand il n’y a pas de rocher, le sol est recouvert d’une végétation très dense.

Nous suivons des minuscules sentiers tracés par le ruissellement de l’eau et parvenons à nos fins.

Nous sommes sur le plateau.

Je prépare un autoportrait avec les moyens du bord.

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Pour voir le résultat de ce montage, je pense que vous savez où aller regarder…

En bas, un des Reflection Lakes.

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Nous entendons des voix. Au-dessus de nous. Précédemment, j’ai mentionné un plateau.

Oui, il y a effectivement un plateau. Plateau qui se transforme en combe qui mène à un bloc de rochers (1).

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Une trace est nettement visible (enfin, lorsque la brume nous laisse la voir). Nous la voyons de loin, donc elle est fraîche.

Stefano me regarde et me dit ? On suit cette trace un moment ? Je bats des mains. Je n’attendais que cette proposition.

Nous suivons les traces de 4 personnes : 4 pour les 4 trous faits par des piolets,  à intervalle régulier.

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Juste avant d’arriver au bloc de rochers, la déclivité augmente et nous oblige à monter face à la pente. Je pense à la descente. Nous devrons trouver un autre itinéraire. Vraiment trop raide, donc potentiellement dangereuse.

Nous arrivons à proximité des rochers que nous contournons. Derrière, un cirque.

Un coup d’oeil sur la carte… Nous sommes au Castle.

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Effectivement, 4 personnes sont visibles. L’un deux parle beaucoup, donne des consignes et des conseils. Nous imaginons que c’est un guide, d’autant que les 3 autres écoutent religieusement.

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Nous comprenons le but de la leçon : comment se laisser glisser sur les fesses sur une pente neigeuse et surtout comment contrôler sa descente à l’aide d’un piolet.

Ici, le terme approprié est glissade.

Nous les regardons passer un par un, d’abord le maître, à l’aise. Puis viennent les trois autres, le plus téméraire d’abord (c’est le plus jeune) puis le père et l’oncle.

Nous nous rigolons, eux sont un peu tendus. Nous constatons qu’ici comme à Paradise, les grimpeurs-randonneurs-alpinistes sont très distants, voire dédaigneux et ne communiquent pas beaucoup. A moins qu’ils ne se prennent trop au sérieux.

Serait-ce à cause de nos shorts ?

Nous profitons d’un rocher pour nous changer et nous restaurer.

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Un grand trou de ciel nous surprend.

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Le Mont Rainier se dévoile.

Pas complètement certes. Il est pudique, le monsieur.

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J’ai parlé de mon appréhension à Stefano concernant la descente. Il part en quête d’un chemin alternatif.

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Ah, qu’il est beau…

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La descente se fait rapidement et agréablement en raison de la neige molle.

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Les lacs sont toujours là…

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… et toujours aussi peu coopératifs et enclins à refléter quelque chose. C’est vrai que c’est un jour férié : ils sont en congé.

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Ce matin, nous avions échangé quelques mots avec un Indien (d’Inde) local, avec un lourd équipement photo. Il est toujours là, allongé dans sa voiture, dans l’attente d’un reflet.

Nous comprenons son obstination. Nous sommes le 4 juillet, jour de fête nationale ici aux USA. Quelle frustration d’être venu jusqu’à là et ne rien voir.

Nous avons vécu cette même frustration, il y a des années… Nous avons passé une semaine dans les Dolomites et n’avons pu voir, ni même apercevoir ou entrevoir une fraction de seconde, ces falaises et rochers si caractéristiques et qui font la renommée et la beauté de la région.

Nous, nous savons qu’il nous reste trois jours sur place et déjà, demain, la météo se sera améliorée.

Nous reprenons la voiture et partons en direction de Paradise. Autant profiter du mauvais temps pour visiter le ….visitor center, refait à neuf il y a 6 ans.

Nous tournons pour trouver une place. A part des voitures, nous ne voyons rien. Nous sommes dans la brume.

Le bâtiment est magnifique. C’est dommage qu’il y ait autant de monde (!). L’exposition est très didactique.

Nous apprenons qu’en 1935, bien après la création du parc (il fut créé en 1899), fut organisée une compétition de ski pour la qualification des athlètes aux Jeux Olympiques d’hiver, à Garmish, Allemagne. 1500 mètres de dénivelé, près de 5.8 km de longueur.

Un autrichien s’y rendit célèbre : il descendit la piste en jodlant !

Je saute du coq au lapin : un Snowshoe rabbit.

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Nous nous mettons en quête d’une boisson chaude.

8 USD plus tard, nous sommes devant deux tasses d’eau fumante et brunâtre, au goût très léger de chocolat. Nous espérons simplement que quelques dollars ou cents arriveront dans la poche du parc national lui-même.

Nous rentrons.

Lorsque nous ouvrons la porte de notre cabine, nous nous rendons compte qu’il fait plus chaud dehors que dedans… Hum, ça va être sport cette nuit.

D’autant que dehors, la doudoune n’est pas de trop. Ce qui ne nous empêche quand même pas de boire notre Blue Moon du soir, après notre Chicken Teriyaki habituel.

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Flore du jour

Sitka Valerian - Valeriana Sitchensis
Sitka Valerian – Valeriana Sitchensis
Western Pasque Flower - Pulsatilla Occidentalis
Western Pasque Flower – Pulsatilla Occidentalis
Common Paintbrush - Castilleja
Common Paintbrush – Castilleja
Avalanche Lily - Erythronium Montanum
Avalanche Lily – Erythronium Montanum

Autoportraits du jour

On ne rit pas. Oui il fait froid…

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Devant un des deux Reflections Lakes.

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Sur le plateau qui domine Reflection Lakes.

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Au Castle, juste avant de redescendre.

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A Paradise, devant nos bols d’eau brunâtres…

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Galerie d’images