Autour du Lac de Joux

Cela fait vingt ans et plus que nous habitons dans la région et une douzaine d’années que nous pratiquons assidument la randonnée. Nous n’avions jamais eu l’idée de regarder si le tour du lac de Joux était possible. Non seulement c’est faisable mais c’est également une magnifique balade.

L’idée du tour de Lac de Joux m’est venue d’une conversation avec deux participants de mon cours de Body Pump du vendredi. Enthousiaste, j’en ai parlé à Stefano. Figurez-vous que nous ne savions même pas que c’était possible. Les crêtes du Jura ayant été poudrées encore à deux ou trois reprises ces 10 derniers jours, cette idée nous semble parfaite pour cette journée du dimanche, où le maître mot est de rester le plus possible en bas pour éviter de devoir marcher dans la neige.

Nous voilà donc partis pour aller voter  – 1er tour des élections présidentielles françaises – puis pour le col du Marchairuz où une fine couche de neige recouvre les pâturages et les sapins. En passant devant la route qui mène à La Bassine, j’aperçois deux personnes portant des skis de fond. Des irréductibles gaulois. Ou helvètes.

Nous laissons la voiture sur un petit parking au bout du lac de Joux. Celui-là mène d’où nous étions partis, il y a quelques années, pour aller découvrir Le chalet du chef.

A noter, les sapins poudrés, au fond, dans la forêt du Risoux.

Le premier kilomètre se fait en marchant sur un ponton de bois. La zone est marécageuse. Sur notre droite, les pâturages qui, à proximité du ponton, sont bien imbibés d’eau. A gauche, une zone off-limit, un marais, recouvert de roseaux.

D’abord éloigné du lac d’une vingtaine de mètres, le sentier s’en rapproche progressivement.

Devant moi, un touradon, nouveau mot ajouté à mon vocabulaire.

Nous avons quitté la voiture assez optimistes mais le petit vent froid et les nuages nous ont bien vite ramenés à la réalité : gants et bonnet ont été sortis du sac. Ce n’est pas le moment de jouer les inconscients, car nous devons avoir dans le sang encore quelques restes de ce salopiot de virus Covid. Et, en plus, ma maman a toujours dit : en avril ne te découvre pas d’un fil.

Le terrain est maintenant suffisamment sec pour que les planches en bois ne soient plus nécessaires.

Parfois isolé, parfois à proximité de maisons, le sentier suit fidèlement le bord du lac. Entre nous et l’eau, une bande de terre, recouverte d’arbres. Tous les dix mètres environ, une embarcation s’y cache, retournée pour éviter que l’eau ne s’y accumule. Il y a de tout. Des canoés, des barques à fond plat, des kayaks, paddles, ou planches à voile. Certains esquifs sont dans un état de délabrement tel qu’ils ne navigueront plus. De vieux treuils sont accrochés aux arbres. Quelques bâches déchirées traînent çà et là.

Opposées au lac, les habitations à l’architecture variées se succèdent par paquet. Plus de la moitié sont fermées, trahissant ainsi leur fonction de maisons de vacances. Constructions traditionnelles, maisons de bois, elles sont toutes différentes et s’intègrent avec plus ou moins de bonheur dans le paysage.

Environ une heure après être partis, nous arrivons aux Bioux. Nous connaissons Les Bioux pour avoir longtemps appelé la cabane des Saules Les Bioux. En été, si les conditions météorologiques et le niveau de l’eau le permettent, un bateau d’époque, le Caprice II, s’y arrête pour une escale entre Le Pont et Le Rocheray, les deux villages aux extrémités du lac.

Nous observons la rive opposée en nous demandant par où passe le sentier du retour. Vu d’ici, les falaises se jettent dans le lac sans ménager un quelconque espace.

Dans un pré qui n’a de pré que le nom, trois chevaux errent. Si la taille est adéquate, le sol n’est que boue sans un seul brin d’herbe vert. Au fond, une vieille botte de foin sec trône, presque intacte.

Un cheval vient vers nous, marchant péniblement dans le sol meuble. Stefano souffle dans ses naseaux pour faire plus ample connaissance. Mais l’amitié ne se scelle pas, faute d’une pomme ou autre friandise qui serait venue aider à la conclusion du pacte. Pauvres bêtes.

Même plat, le sentier et ses abords sont suffisamment variés pour ne pas donner un sentiment de monotonie. Au loin, le village Le Pont qui marque le bout du lac, soit la moitié de la balade. Nous n’y sommes pas encore, ce qui nous convient très bien. Nous avons jusqu’à la tombée de la nuit pour rejoindre la voiture.

Nous retrouvons une passerelle pour quelques mètres. Les troncs blancs des bouleaux nous rappellent les aspens nord-américains.

En écrivant ce billet, je regarde notre tracé sur SuisseMobile. Le lac est à une altitude d’environ 1004 mètres. Tout dépend de son niveau. Son point le plus bas est à 972 mètres. Sur la carte, l’étendue bleu est constellée de noms de mont, qui accompagnent chaque relief. Nous avons ainsi Le Mont de la Roche Fendue (999 mètres), Le Mont de L’Abbaye (994 mètres), en face du village de L’Abbaye, Le Mont chez la Musique (1001 mètres) pour n’en citer que trois.

Nous dépassons La Sauvagère, une immense propriété de maître, à vendre pour la modique somme de 3’400’000 CHF. Quinze pièces dont huit chambres, 450 m2 habitables, construite en 1899 excavée et agrandie en 1910. Important : elle possède une écurie et un abri pour chèvre.

La densité des maisons augmente. Nous arrivons à L’Abbaye. Nous traversons La Lionne, une petite rivière prudemment contenue entre deux murs de pierre.

Au détour du sentier, ce vitrail anonyme.

Une ligne de Toblerone descend de la montagne (pas à cheval) et arrive jusqu’au lac.

Un des Toblerone a dû être dynamité pour laisser passer le sentier.

Juste à côté, la tour Aymon, seul vestige de l’ancienne abbaye qui a donné son nom au village.

La bande de végétation entre le sentier et le lac a disparu progressivement alors que nous nous approchons du village Le Pont.

Nous cherchons maintenant un banc au soleil pour nous assoir et casser la croûte. Trouvé. Et même au soleil, diable, il ne fait pas chaud. Sur les hauteurs de la ville, (à gauche sur la photo ci-dessous), le manoir de Haute Roche nous apparaît délabré et tagué. Nous distinguons une silhouette errer sur le balcon du dernier étage. Cette bâtisse, construite entre 1912 et 1914 par l’ingénieur français François Hennebique, est l’un des premiers bâtiments construit en béton armé de l’histoire suisse. Il fut reconverti dans les années 1990 en centre pour requérants d’asile avant d’être à nouveau désaffecté. Les pièces nobles du manoir sont ornées de fresques du peintre animalier Henri Deluermoz, connu pour avoir illustré l’édition originale du livre de la jungle. Un projet de réhabilitation est à l’étude.

Le village Le Pont a une longue tradition hôtelière. De nombreux restaurants bordent la rue dite Sur-les-Quais.

Nous traversons le « fameux » pont qui donna son nom au village, pont qui enjambe l’Orbe, s’écoulant du lac Brenet.

Au centre de la photo ci-dessous, le Grand Hôtel du Pont, bâtiment construit au début du 19ème siècle a eu plus de chance que le manoir mentionné précédemment.

La sculpture Pégase, créée en 1959, éclairée la nuit, auprès de laquelle il est possible de se rendre lorsque le lac est gelé.

Nous longeons sur quelques mètres les voies du petit train qui relie Le Pont au Brassus.

Puis, très vite, nous nous retrouvons en pleine nature. Nous prenons un peu d’altitude car comme prévu, les falaises qui se jettent dans le lac ne permettent pas le passage.

Le lac Brenet.

Nous marchons maintenant dans la forêt et les arbres masquent le lac.

Nous nous en éloignons d’ailleurs et arrivons sur un pâturage.

Un troupeau de chamois paît paresseusement. Ils ne semblent guère gênés par le passage de randonneurs, mais nous observent néanmoins du coin de l’œil.

Nous marchons sur une crête. Le sentier est vallonné, large par endroit, presque une autoroute.

A de rares occasions, comme ici, nous pouvons apercevoir le lac.

Le couvert des Ministres, flambant neuf, qu’aucun graffiti ne vient détériorer.

En arrivant à la hauteur du village Le Lieu, le sentier descend brusquement pour rejoindre le lac.

Nous avons un moment de doute car nous perdons de vue le sentier en contrebas. Un vélo venant en sens inverse nous rassure.

Nous sommes maintenant au bord de l’eau et un coup œil sur la carte nous confirme que nous y resterons jusqu’au retour à la voiture.

Des petites plages se succèdent. Ce côté du lac est plus confidentiel, simplement parce qu’il est moins accessible et qu’il faut marcher pour accéder à ces petits coins de paradis.

Nous arrivons à un promontoire, presque un cap. Nous sommes à la Pointe de Sable. Quatre bambins s’ébattent en totale liberté pendant que leurs parents papotent confortablement allongés sur les petits graviers. Il y a sans doute du sable (vu le nom de l’endroit) mais il est bien caché.

La Pointe de Sable.

La balade continue, entre les falaises et le lac. Petit à petit, elles laissent la place à la forêt.

L’eau est limpide.

Le Rocheray, où le Caprice II fait escale.

Les berges s’élargissent, laissant la place à des maisons. Le sentier est maintenant goudronné. Il fusionnera plus tard avec la route.

Pour s’en reséparer en contrebas de la côte du Rocheray.

Nous sommes maintenant à l’extrémité sud ouest du lac, au lit-dit La tête du Lac. Sans surprise, la zone est marécageuse, donc sauvage et de nombreux panneaux préviennent le promeneur que c’est une réserve naturelle.

Nous rencontrons une dame qui se promène avec son chat et qui fait du land art. Une discipline qui consiste à créer des œuvres avec des ressources locales. Elle a utilisé des cailloux et des pives, joliment arrangés autour d’une borne.

La balade touche à sa fin. Nous apercevons la voiture, de l’autre côté du pont qui enjambe l’Orbe.

Là-haut, au col, la fine couche de neige s’en est allée. Nous rentrons à la maison en baillant. Typique du coup de fatigue qui arrive lorsque nous arrêtons d’être actifs. Nous sommes absolument ravis de notre randonnée. Nous nous promettons de la faire découvrir prochainement à Luana.

Itinéraire du jour

C’est ici et c’est chez Suisse Mobile.

Autoportraits du jour

Sur le ponton d’où part et arrive le bateau Caprice II.

Avant le village Le pont, lors de la pause sandwich. Il est 14 heures et bonnets et doudounes sont toujours de mise.

A l’endroit où, de l’autre côté du sentier, il y a un banc et une falaise pleureuse.

Au retour sur le bord du lac.

Références externes

   
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À propos de Marie-Catherine

Randonneuse, blogueuse et photographe amateur chez Two Swiss Hikers.

En phase de préparation de voyage, je m'occupe du choix voire de l'achat du matos et organise les bagages. Ma principale activité consiste à me réjouir des vacances qui arrivent ! Je deviens plus active au retour : il faut trier les photos (et des photos, il y en a...) et rédiger les billets de ce blog.