Mount Elbert

Une journée d’acclimatation tranquille qui se transforme, pour cause de beau temps, en l’ascension du point culminant de l’état du Colorado : le Mont Elbert, 4’401 mètres.

Le réveil sonne à 6h. A 7h30 nous sommes sur le parking. La sacro-sainte heure et demi nécessaire aux Two Swiss Hikers pour se préparer.

Le givre sur la voiture nous confirme que nous somme à 10’200 pieds, soit à 3’109 mètres d’altitude.

Il faut donc gratter… Ça faisait longtemps ! Mais c’est comme le vélo : l’art du grattage, ça ne s’oublie pas.

Heureusement la voiture nous a été louée avec l’outil magique : d’un côté le grattoir, de l’autre, le balai pour la neige, inutile ici d’ailleurs !

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Aujourd’hui, c’est notre journée d’acclimatation.

Nous avons décidé de mettre toutes les chances de notre côté, et fort de l’expérience positive vécue lors de notre ascension du Mont Kilimandjaro, la balade du jour doit se situer entre 3’000 et 3’800 mètres, pas plus.

Nous partons donc en direction de Turquoise Lake. En face de nous, le Mount Elbert et le Mount Massive se dressent, majestueux, illuminés par le soleil.

Nous parcourons 1km ou 2 et Stefano me dit : Aujourd’hui, il fait beau. Demain, nous ne savons pas. Tentons un 14er. Tentons le Mount Elbert.

Alors, petite parenthèse quant à la signification de 14er. 14er = fourteener = montagne dont la hauteur est au moins égale à 14’000 pieds, soit 4’267.20 mètres.

Un changement de destination plus tard sur le Tom-Tom, nous voici partis sur une dirty road 5 étoiles répondant au doux nom de Halfmoon Road.

Il y a déjà quelques voitures sur le parking lorsque nous y arrivons, vers 8h10.

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Les toilettes sont fermées pour cause de shutdown du gouvernement.

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Pas grave pour nous, beaucoup plus pour les rangers qui, du jour au lendemain, se retrouvent sans boulot donc sans salaire.

Nous commençons notre randonnée du jour en suivant le Colorado Trail, un sentier qui part de Denver pour arriver à Durango, en serpentant tout droit sur près de 500 miles.

La pente est douce, la température fraîche et agréable. Nous sommes dans la nature et donc … HEUREUX.

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Après environ 1/2 heure de marche, une jonction : nous abandonnons le Colorado Trail pour le sentier du Mount Elbert.

14’439 pieds… La montagne la plus élevée du Colorado. Audacieux l’objectif, pour une journée acclimatation !

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Lors de notre première pause Clif Bars, nous sommes rejoints puis dépassés par un groupe de 5 jeunes.

A peine avons-nous commencé à manger qu’un oiseau s’approche. D’un arbre distant d’environ 1 mètre, il s’approche encore, réellement intéressé par ce que nous avons dans les mains et pas farouche pour un sou.

Néanmoins, nous connaissons les impacts négatifs impliqués par le fait de nourrir de la faune à l’état sauvage et résistons à l’envie de lui offrir une miette. Je suis certaine qu’il serait venu picorer dans la main !

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Vers 9h45, nous commençons à sortir de la forêt et à avoir une vue plus ou moins dégagée des alentours.

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Sur notre droite, le Mount Massive, seconde montagne la plus haute du Colorado, sur notre liste de la semaine également.

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Ah, au fait, j’ai oublié de dire que la pente s’est faite beaucoup plus raide et que nous avons dépassé nos 5 jeunes, assis sur un talus, en train de souffler…

La neige est de plus en plus présente. De plaques éparses, elle commence à recouvrir le sol.

Notre objectif est là, tout au fond : Mount Elbert.

De loin, il ressemble à une petite bosse… Nous verrons si nous arriverons à voir à qui il ressemble de près.

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Dès lors, la pente s’accentue encore un peu plus.

Juste avant d’arriver sur un ridge, un vent glacial et fort nous surprend.

Nous retrouvons une randonneuse assise au bord du sentier. Elle nous dit qu’elle a dû renoncer à son ascension à cause de son chien, qui n’arrivait plus à avancer.

Nous sommes à 4’000 mètres, soit ce que je pense pouvoir qualifier de haute montagne.

Le sommet semble reculer autant que nous avançons.

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Le groupe de 5 nous dépasse à nouveau et un des membres nous montre ce qui semble être le sommet et prononce les mots false summit

Ah ah, nous comprenons. Ce qui nous semblait être notre point d’arrivée n’est autre qu’une bosse masquant une bosse plus grosse encore…

Le cairn du false summit.

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Le paysage est merveilleux. Nous sommes seuls au monde (car nous avons encore dépassé notre groupe de 5).

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A 12h21, nous atteignons le sommet, le vrai cette fois.

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Il y fait froid, très froid. Je me dépêche de rajouter une couche, ma fameuse GoLite 800 et Stefano fait de même, ce qui est à marquer dans les annales des Two Swiss Hikers.

Cependant, nous sommes surpris de la facilité avec laquelle nous avons atteint notre but.

Bien sûr la pente était raide, mais le rythme que les Two Swiss Hikers ont pour habitude de maintenir nous a préservé de la fatigue : marcher toujours à la même vitesse, sans s’arrêter et suffisamment lentement pour ne pas avoir de sensation d’essoufflement. No huffing and puffing, c’est notre secret.

De l’autre côté, la vue est impressionnante : des montagnes à perte de vue. Un immense terrain de jeu qu’une vie entière ne suffirait pas à explorer (surtout qu’il faut un peu travailler, histoire de pouvoir se payer nos vacances… Nous ne sommes pas rentiers).

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Je suis en train de préparer un autoportrait (un vrai challenge de faire tenir en équilibre sur une pierre mon appareil photo avec ce vent violent) lorsque notre groupe de 5 nous rejoint.

Je sens que je vais les mettre à contribution.

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Nous discutons avec nos 5 jeunes qui s’avèrent être des militaires, de l’US Air Force, basé à Colorado Spring, au sud de Denver.

L’un deux parlotte français et insiste pour se faire prendre en photo avec nous. Très drôle. Eux nous prennent en photo, nous les prenons également et 5 iPhones passent dans nos mains.

Même en si bonne compagnie, il nous faut écourter ce moment convivial sous peine de doigts gelés.

Nous envoyons notre message SPOT du jour et commençons notre descente.

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Devant nous, la vallée, et les Twin Lakes.

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Vers le ridge venteux, la pente très raide à la montée l’est tout aussi à la descente et nous bénissons à plusieurs reprises notre fournisseur de bâtons Leki.

Si à la montée nous avions évité la neige, nous la cherchons à la descente. Par endroit, le vent l’a accumulée et parfois nous nous enfonçons jusqu’aux genoux. Et je n’ai pas de guêtres ni de stop-tout. Donc pas besoin de vous faire un dessin.

Nous attendons de trouver un rocher pour nous abriter du vent et que je puisse enlever la neige de mes chaussures avant qu’elle ne fonde. Nous ne sommes pas loin du false summit. Un monsieur est assis, lui aussi à l’abri du vent. La 60aine, en super forme, un sourire Colgate et surtout, surtout, en train de taper au couteau dans un ENORME morceau de fromage qui ressemble à de l’Emmental Suisse.

Nous ne pouvons nous empêcher de faire un commentaire qui se solde par un bon morceau de fromage. Miam ! Il est retraité et était en Suisse à Zermatt la semaine passée avec à son actif l’ascension du Mont Cervin. Wouah ! Respect ! Il nous dit attendre ses compagnons de balade. Nous en déduisons qu’ils sont moins en forme que lui.

Il redonne à chacun un morceau de fromage en nous confiant une mission : dire à ses amis qu’il les attend ! Nous acceptons la mission, la bouche pleine.

Hum, ce petit goût salé de bon fromage nous tiendra compagnie encore longtemps.

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Nous croisons pas mal de randonneurs… Certains sont en groupe, d’autres seuls. Nous transmettons le message aux deux randonneurs, aisément repérables par leur âge.

Là, c’est un flanc du Mount Elbert. Nous ne sommes pas passés par là à l’aller et n’y repasserons donc pas au retour. Mais cette pente de pré nous semble sans fin.

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La descente est interminable. Et nous ne sommes même pas encore arrivés à la lisière de la forêt. Nous avons de la peine à croire que nous avons monté tout ce dénivelé.

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Lisière en vue !

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Au loin, Turquoise Lake, notre destination initiale.

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La descente continue, certes dans la forêt, mais toujours aussi longue ! Nous commençons à sentir les mollets (oui, les mollets, étonnamment dans une descente) et les quadriceps.

Heureusement qu’aucun d’entre nous n’a de souci avec ses genoux.

Hum, ce que j’aime le plus… Des marches bien hautes et bien inégales !

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Mais bon, reconnaissons que le sentier dans la forêt à plutôt ce profil.

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La faim nous tenaille. Stefano me dit : « A la jonction avec le Colorado Trail, nous mangeons une barre…. »

Au bout de trois quart d’heures, point de jonction. Nous stoppons net pour nous restaurer.

Nous passons (enfin) la jonction et rejoignons le Colorado Trail.

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Un dernier effort et nous arrivons à la voiture.

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Il est 16h10. Not bad!. Un peu moins de 8 heures de marche.

La voiture reçoit encore quelques rayons de soleil. Idéal pour une petite sieste réparatrice. Je m’entends même ronfler.

Nous rentrons à Leadville en commentant avec enthousiasme notre randonnée. Nous sommes très fiers de nous. 1’500 mètres de dénivelé entre 3’000 et 4’400 mètres avalés sans douleur. Conclusion : Houston ne nous a pas trop ramollis.

Ce soir, nous essayons un chinois : le Szechuan Taste.

C’est un one-woman show : elle fait tout et en moins de 5 minutes nos plats sont servis. Pour moi ce sera une Thai Noodles Soup et pour Stefano un Chicken something

La conclusion : nous n’avons pas encore trouvé notre cantine.

Faune de jour

Encore notre oiseau pas farouche du tout.

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Autoportraits du jour

Non loin du false summit. Il faut noter que Stefano s’est protégé les oreilles, ce qui est à marquer d’une pierre blanche ! Il fait vraiment froid !

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Au sommet du Mount Elbert.

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Lors de la descente…

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