Siyeh Pass

Wow ! Cette nuit il a plu et ce matin, même si le ciel est encore chargé de nuages, l’air est presque limpide. Quel changement ! Nous partons pour Siyeh pass avec deux randonneurs rencontrés sur le sentier.

5h30. Debout là-dedans !

Nous partons pour le Logan Pass. La pluie a nettoyé le ciel de sa fumée. Hier nous avons pu constater que chaque goutte de pluie était chargée de suie. Ce matin, la voiture était noire.

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Comme il y a quelques trous de ciel bleu, Stefano, complaisant, s’arrête à deux ou trois reprises.

Reynolds Mountain.

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Moins de 1 km après avoir passé Logan Pass, nous nous arrêtons, au départ d’un sentier qui a une double destination : Piegan Pass ou Siyeh Pass.

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Contrairement au titre du billet, notre destination, en ce 30 août 2015, 9h40 du matin est le Piegan Pass.

Un fort vent souffle, nous obligeons à enfiler une seconde couche de mérinos et nos Gore-Tex. Nous (je surtout) regrettons de ne pas avoir pris nos jambes de pantalon.

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Un chauffeur de navette s’arrête, ouvre la fenêtre et nous lance l’air goguenard, se moquant malicieusement de nos mines frigorifiées que Stefano, à dessein, exagère : mais il fait 50° ! Oui sans doute, mais 50° F avec ce petit vent frais et sournois qui souffle avive très certainement la sensation de froid.

Tandis que nous nous préparons, une Chevrolet rouge s’arrête et deux hikers en sortent. Eux sont déjà prêts, n’ont qu’à endosser leur sac à dos et les voilà partis.

Nous sommes rassurés : nous ne sommes pas les seuls fous ce matin à braver les éléments et surtout nous ne serons pas les seuls sur le sentier.

Le temps de lacer nos chaussures de randonnée, d’harnacher nos appareils photo, de mettre le logger en route, 10 minutes s’écoulent avant que nous soyons prêts à partir.

Nous descendons de la route et longeons quelques centaines de mètres un torrent, le Siyeh Creek. Le Piegan Pass est là, au milieu de ces deux montagnes.

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Très vite, le sentier se sépare du torrent et commence à zigzaguer dans la forêt, à flanc de montagne.

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Il fait assez sombre et nous poussons, à intervalle régulier, des cris, des meuglements, des barrissements, des youhouhou (c’est ma spécialité !) et autres borborygmes pour faire savoir aux ours éventuels que nous sommes là.

Les ours bruns ou les grizzlis, ne sont pas d’un naturel agressif. Lorsqu’ils identifient des  humains soit par leur voix ou leur odeur, ils s’en éloignent. Par contre, si la rencontre avec des humains est inattendue, ils peuvent alors se sentir menacés et attaquer.

Nous croisons un couple qui descend. Cela nous conforte dans l’idée que non, nous ne sommes pas fous.

Le soleil fait de brèves apparitions et nous nous rendons compte de la beauté des lieux. Sans fumée, avec une vue qui porte à plus de 1 km, le paysage est magnifique.

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Nous rejoignons les deux hikers partis avant nous. Après un bref échange, Stefano repère l’accent du gars. Italien ? demande-t-il ? Non, français, répond-il. Elle, par contre est américaine. Ils habitent le New Jersey. Nous décidons de rester en groupe. De l’histoire des Two Swiss Hikers, c’est la première randonnée où nous ne sommes pas seuls. Bon, il y a bien eu une randonnée avec Lilly, mais Lilly était un chien.

Nous n’avons pas mémorisé leur prénom respectif : donc ce sera American Girl et French Guy jusqu’à ce que nous recevions, si jamais, un email de leur part.

American Girl est devant et marche à un train d’enfer. Nous ne sommes pas habitués à une telle allure et très vite nous nous laissons distancer. Le rythme Two Swiss Hikers a fait ses preuves et nous ne voulons pas monter notre cardio ni surtout commencer à transpirer.

Arrivés à la jonction qui mène soit au Piegan Pass, soit au Siyeh Pass, nous décidons de rester ensemble et c’est ici que le titre du billet se justifie.

Ils comprennent vite : ils nous attendent à plusieurs reprises avant d’adopter notre rythme.

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A proximité du sentier, un petit lac. Un rayon de soleil vient le caresser et je suis sous le charme. Sauf que pour les photos, mieux vaut attendre que le soleil se cache, sous peine de faire des photos en parfait contre-jour.

Surplombant ce petit lac, Matahpi Peak.

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Le glacier de Piegan Mountain, derrière nous.

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Nous nous remettons en route. American Girl et French Guy ont été très patients. Ils nous ont laissé tout le temps nécessaire pour nous balader au bord du lac, gaspiller quelques millions de pixels et nous (me surtout) exclamer quant à la beauté des lieux. French Guy me dira même : si tu trouves qu’ici c’est beau, alors que diras-tu lorsque tu verras le Grinnell Glacier Lake ?

Notre destination : le Siyeh pass.

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Nous traversons pour la première fois le Siyeh Creek.

Une fleur jaune attire mon attention et je n’hésite pas une seconde à m’allonger pour en tenter la capture pixellique (capture qui sera d’ailleurs un cuisant échec).

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Je me retourne. Le Siyeh Creek est bien visible, longeant, sur la gauche, le Matahpi Peak. Le sentier, lui, s’en éloigne, pour lécher le flanc du Mount Siyeh. Au fond, le Piegan Glacier et la montagne du même nom. Encore plus au fond, Reynolds Mountain.

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Stefano s’est trouvé un petit piédestal. Le Mount Siyeh est enfin visible.

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Nous attaquons la montée. Nous ne sommes plus abrités par le vent qui commence à nous malmener.

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Au pied du Mount Siyeh, deux petits lacs.

A proximité du col, le sol est recouvert d’une végétation parsemée et rase. C’est presque désertique.

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Le vent nous malmène. Nous sommes contents d’avoir nos bâtons qui nous permettent à plusieurs reprises de garder l’équilibre et de rectifier notre trajectoire.

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Nous passons le col. Côté nord-est, le Boulder Creek. On nous avait parlé de roche rouge. Effectivement, les rochers sont bien rouges, même si ce n’est pas le même rouge qu’à Sedona.

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Nous arrivons près d’un cairn. L’endroit idéal pour un autoportrait et l’envoi du message SPOT du jour.

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Je suis frigorifiée. Si un mérinos 150 recouvert d’une Gore-Tex ont largement suffit pour la montée, là, en plein vent, ma température corporelle est en chute libre. J’enfile ma fidèle Patagonia, me protège les oreilles et une barre de protéine plus tard, me voici en pleine forme.

Côté sud-est, le Sexton Glacier et le Baring Creek.

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L’idée de Stefano était de continuer sur le sentier et de redescendre par la vallée que l’on voit ci-dessus pour arriver de l’autre côté du parc puis prendre une navette.

Mais crap !  Un panneau nous indique que le sentier est fermé pour cause d’incendie. Effectivement, nous distinguons toute une zone noirâtre. Une partie est d’ailleurs visible sur la photo ci-dessus.

Bon, ben, comment dire ! Pas de boucle aujourd’hui ! Retour à la case départ par le même chemin !

French Guy, qui a perdu sa casquette faute au vent à l’aller, la repère plus bas, sur un petit champ de glace. Il décide de partir la chercher.

Je n’ai pas assisté à la scène, mais lorsque Stefano est allé voir ce qu’il se passait, il l’a vu à quatre pattes, avançant prudemment sur de la glace à vif.

Les voici les deux, remontant vers nous.

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Bilan : la casquette est retrouvée mais une jambe de pantalon est mouillée !

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Le temps est franchement en train de se gâter. Les rayons de soleil se font de plus en plus rares.

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Ouf, dans la forêt, le vent se calme. Nous discutons entre nous et cela nous évite de devoir chanter, yodeler, crier pour avertir les ours de nos présence.

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Nous apprenons ainsi que nos deux tourtereaux se sont fiancés il y a deux jours. Congrats guys!

Les voici sur un petit pont de bois.

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Ils sont chou, non ? Ah l’amour ! (d’ailleurs, les gars, si un jour vous tombez sur ce billet, les photos sont pour vous !).

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Le temps est tellement en train de se gâter que nous essuyons une petite averse, suffisamment inquiétante pour nous obliger à couvrir les sacs.

Nous arrivons à la voiture vers 15h. Un énorme coup de tonnerre retentit et avec, la pluie redouble d’intensité, bientôt remplacée par de la grêle. Les au-revoir sont sont expéditifs.

En rentrant à la cabine, nous nous arrêtons au visitor center afin de demander si le sentier est réellement fermé (et donc que ce n’est pas un panneau oublié). La ranger nous confirme que le sentier est bel et bien fermé et le restera jusqu’à la saison prochaine.

Last update: par un beau matin du mois de décembre 2015, le 15 pour être précis, nous recevons un message privé sur Facebook. Le mystère tombe. French guy et American girl ont finalement retrouvé nos coordonnées (il faut dire que nous leur avions donné notre carte de visite alors qu’une tempête se déchaînait) et nous dévoilent leur prénom : lui, c’est Joffrey, elle c’est Katie. Ouf, nous avions eu peur qu’ils se soient faits dévoré par l’ours !

Faune du jour

Un cerf, rencontré lors de la descente.

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Autoportrait du jour

Si vous êtes attentifs, pas besoin de vous dire où il a été pris.

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Références externes

En anglais

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