Lago Tomeo

Parce qu’il ne faut pas tirer sur la corde, la balade du jour est choisie en fonction de son faible dénivelé. Le lago di Tomé est petit et encaissé mais la vue depuis Corte Piatto, au pied du Monte Zucchero est exceptionnelle. Néanmoins, à part une ou deux sections, le sentier est monotone et inintéressant.

Bon, il faut reconnaître que la balade d’hier a été particulièrement exigeante et que ce matin, au réveil, nous marchons un peu comme des robots. Nous commençons la journée par quelques étirements (quand il faut, il faut), des coups de marteau Compex sur les talons, un massage des mollets avec une crème magique. Après le petit-déjeuner, nous sommes comme neufs. Mais lors du choix de la balade du jour, nous décidons quand même d’être raisonnables : pas plus de 1’500 mètres de dénivelé et moins de 15 km. Nous saisissons ces paramètres dans le fichier Excel préparé amoureusement par Stefano durant près de 3 mois et après quelques secondes de recherche, une cellule clignote : Lago Tomeo. Bingo !

Le départ du sentier est à Broglio, comme hier, mais cette fois, nous descendons sur le bord de la rivière Maggia. Juste avant le pont qui la traverse, il y a quelques places de parking. D’un van sort un couple, bonnet enfoncé sur la tête. Le soleil n’est pas encore arrivé jusque là et il fait frisquet. Je vois des têtes d’enfants bouger à l’intérieur. Non loin, des WC Toi-Toi ingénieusement cachés par une palissade de bois. Je repère une fontaine et lui fait un clin d’œil, lui donnant rendez-vous au retour.

La montée au lago Tomeo est annoncée à 3 heures. Je rajoute 30 minutes et me mets dans le mood « montée de 3h30 ».

La balade commence très tranquillement. Nous longeons en hauteur la rivière Maggia, restant entre 700 et 750 mètres d’altitude.  La forêt est dense et nous ne voyons pas grand chose d’autre que des troncs.

Ce n’est qu’après avoir traversé le ri di Tomé que nous commençons à monter.

Environ 1,5 km après avoir quitté la voiture, le sentier s’élargit.

Le bruit d’un moteur vient sporadiquement troubler le silence de la vallée.

Quelques bouts de murs, assez récents, consolident les abords du sentier. En contrebas le ri di Tomé coule paisiblement. Mais il ne faut pas se fier à l’eau qui dort. Il n’y a qu’à voir les blocs de rochers éparpillés. Et se dire que les travaux en cours qui ne n’ont pas lieu sans raison.

En parlant de travaux, un volute de fumée noire assorti d’un éclat jaune trahit la présence d’un engin. Comme il est plus ou moins sur le sentier, nous attendons que son chauffeur nous ait vu et nous ait fait signe de passer. Sa machine, un ragnetto (petite araignée), est une sorte de bulldozer à chenillettes, équipé de deux longues « pattes » stabilisatrices qui se cramponnent au terrain. Nous le regardons travailler un petit moment, impressionnés par la maîtrise et l’audace du conducteur. Une mauvaise évaluation et c’est la glissade assurée.

A 11 heures, nous traversons un autre torrent par un gué, gué consolidé à grand coup de blocs de pierre et qui attend de pied ferme les prochaines crues.

Le sentier devient plus raide (si si, c’est possible) et traverse une zone très escarpée.

Devant nous, une falaise. A droite, le ri di Tomé. Le sentier se glisse entre la falaise et le torrent et s’habille de marches pour être plus solide.

La taille des blocs de pierre est imposante. A vu de nez, chaque plaque pèse entre 300 et 500 kilos.  Cet « habillement » est relativement récent car sous le sentier passe une conduite d’eau. Par endroit, le sentier est même un bel ouvrage de maçonnerie.

On se croirait au Grand Canyon. Certains randonneurs se sont élevés contre cet aménagement, arguant qu’il dénature la promenade. En ce qui nous concerne, nos jambes adorent les marches de taille constante et nos pieds apprécient la surface égale du sol.

Une petite vierge vient clore ce moment de répit et marque le retour à la vraie vie de randonneur au Tessin.

Un replat se profile à l’horizon. Une croix aussi. Nous arrivons à Corte Grande.

Un monsieur nous rejoint, descendant un sentier à grandes enjambées. C’est le gardien du refuge, parti faire une balade et rentrant, comme promis par le billet accroché à la porte, pour midi. Il est 12h05. D’où son air pressé.

Nous le laissons rouvrir le refuge. Qu’il prenne tout son temps, moi, je profite de la vue et de la vie.

Comme nous l’avons fait à chaque fois que l’occasion se présente, nous contribuons à l’économie locale avec l’achat d’une boisson. Dommage qu’il n’y ait pas de gâteau. Nous renonçons à visiter le dortoir, peu désireux d’enlever nos chaussures.

Des ouvriers travaillant en contrebas arrivent pour le déjeuner. Ils logent ici la semaine, dans une annexe. Un hélicoptère assure leurs déplacements.

Nous, nous partons voir le lac. Mais de loin. Car le sentier qui y descend ne va pas dans la bonne direction. Et en plus il est bleu et blanc.

Ce n’est donc pas aujourd’hui que je pourrai me baigner.

Nous rebroussons chemin, repassons par le refuge et partons vers Corte Piatto.

Le lac rapetisse.

Et moi je peine à prendre de la hauteur. Chaque pas est plus difficile que le précédent. Mes jambes, qui n’ont toujours pas dégonflées, sont en grève aujourd’hui et pèsent plus que de coutume. Stefano le voit bien. Ça traîne sec.

Arrivés à Corte Piatto, Stefano décrète le terminus de la balade et renonce à aller plus loin alors que nous devions marcher encore pour découvrir un splüi, une construction sous roche. Je me sens un peu coupable mais quand le corps dit non, il faut mieux l’écouter. Je me promets de me rattraper demain.

Corte Piatto.

L’endroit est joli de par les sommets et les crêtes imposantes qui nous dominent. Un reste de construction gâche un peu le tout, avec ses planches vermoulues hérissées de clous rouillés et des bouts de tôles ondulées jonchant le sol.

Et c’est parti pour 1’400 mètres de descente.

Un rim to river, pas plus, pas moins. Rien que nous ne puissions faire.

Entre le refuge et la section bétonnée du sentier, le sentier passe entre les mélèzes et les peupliers au tronc blanc.

Voici un petit passage que Stefano n’a pas trop apprécié à la montée mais qu’il franchit sans même y penser dans le sens de la descente. Néanmoins, avant de s’y lancer, il me fait promettre de tenir la chaîne. Je promets. Croix de bois, croix de fer, si je mens je vais en enfer.

Promesse tenue : je n’ai pas lâché la main courante. Good girl.

Petit moment de réconfort,

avant le retour à la réalité et ses marches inégales.

La descente est longue et, avouons-le, inintéressante. Nous n’avons pas de jolie vue dégagée pour nous divertir. Nous nous distrayons avec des chansons sans queue ni tête, répétitives à souhait, un peu comme le sentier. Nous, notre bonheur, c’est surtout d’être ensemble. Le reste n’est que du bonus.

C’est quand même avec soulagement que nous arrivons à l’endroit où le pont enjambe le ri di Tomé. Rigolards, nous ajoutons pour nous-mêmes une légende à la flèche rouge et blanche de la photo ci-dessous : suivez la flèche pour en baver.

Joli, ce petit autocar façon randonneur.

Arrivés à la voiture, Stefano goûte également le plaisir des pieds et des mollets trempés dans l’eau fraîche de la fontaine. Nous les y laissons un long moment, ils ont bien mérités cette petite attention.

Comme à l’accoutumé, nous débriefons devant une bière mêlée à du jus de pomme, confortablement installés sur la terrasse de la maison. La balade du jour n’a rien d’exceptionnel. Oui, la capanna Tomeo est de toute beauté, tout comme les paysages alentours. Mais le sentier n’est pas très scénique et parfois même monotone.

Itinéraire du jour

C’est ici et c’est chez Suisse Mobile.

Autoportraits du jour

Là où l’enfouissement de la canalisation a conduit à un joli sentier bétonné.

A Corte Piatto.

Références externes

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À propos de Marie-Catherine

Randonneuse, blogueuse et photographe amateur chez Two Swiss Hikers.

En phase de préparation de voyage, je m'occupe du choix voire de l'achat du matos et organise les bagages. Ma principale activité consiste à me réjouir des vacances qui arrivent ! Je deviens plus active au retour : il faut trier les photos (et des photos, il y en a...) et rédiger les billets de ce blog.

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