Laghi della Crosa

Inoubliable randonnée (à bien des égards) au départ de Foroglio, qui, après avoir atteint Puntid, parcourt le val Calnègia, une vallée suspendue, avant de poursuivre vers Gradisc, puis Mött pour arriver enfin aux laghetti della Crosa, deux petits lacs aux eaux limpides. Des milliers de marches pour 1’865 mètres de dénivelé.

Sur toute la longueur de la route qui suit la rivière Bavona, de Cavergno à la gare du téléphérique de San Carlo, des barrières métalliques ornées de panneaux « Camping interdit » bordent chaque petit replat où un camping-car pourrait se garer pour la nuit. Pour être certain que le message passe, toutes les formes de camping sont illustrées, barrées d’un gros trait rouge : tente et caravane, bien sûr, camping-car avec capucine, van, et pick-up caravane. Sauf à Foroglio, où le parking est … payant mais équipé de toilettes en dur. Nous ne sommes donc pas surpris d’y trouver deux ou trois vans éparpillés.

A Foroglio, il y a une cascade et, en plus des interdictions de camper, il y a aussi des interdictions de stationner, un kilomètre avant et après le village. Le prix du parking étant très modeste, nous comprenons que le but ultime de toutes ces interdictions est de garder le trafic fluide et de sécuriser la route, déjà pas très large.

Notre objectif du jour est justement de monter le long de la cascade, de suivre sur toute sa longueur le val Calnègia où coule la rivière du même nom avant de passer de 1’200 mètres à 2’200 mètres, altitude à laquelle se situent deux lacs, les Laghi della Crosa.

Voici la cascade de Foroglio, vue de la route.

Nous commençons par traverser le village où les gens s’éveillent à peine. Il n’est que 8h30. Deux petits jeunes sont sur un balcon de bois, les yeux encore tout bouffis de sommeil, une tasse de café à la main, aux effluves odorantes. Nous les saluons et ils répondent à peine, pas encore tout à fait réveillés.

En haut de la cascade, il y a un autre village : Puntid. Le sentier qui y monte est un des must-do de la région et est donc fort bien entretenu et accessible à tous. A peine après avoir laissé les dernières maisons de Foroglio derrière nous, nous retrouvons nos premières marches. Tiens, ça faisait longtemps !

Le sentier est assez aérien mais bien protégé.

Partout où il y a un petit vide, il y a un garde fou.

Évidemment, à mi-chemin, un oratoire réconforte les croyants. Les non-croyants peuvent toujours y faire une pause.

Un tout petit peu plus loin, une plaque où il est écrit :

Les prisonniers militaires polonais en souvenir et en remerciement à la population de Cavergno et de la vallée Bavona. 1942-1945.

C’est vrai que le Tessin fut particulièrement accueillant. En contrepartie, il put ainsi bénéficier de main-d’œuvre bon marché. Entre agriculture, défrichage et travaux d’amélioration des infrastructures routières, la contribution de ces prisonniers de guerre à la Suisse se compte en millions de jours de travail (voir l’article Ces soldats étrangers bienvenus en Suisse).

Au sortir de la forêt, nous arrivons à Puntid.

Puntid et son petit pont, qui permet d’enjamber le fiume Calnègia.

A Puntid, une dizaine de maisons seulement, construites autour des blocs de roche tombés de la montagne ou drainés par la rivière, toutes joliment restaurées.

Le val Calnègia est une vallée suspendue, inaccessible en voiture. Le sentier qui la parcourt nous offre un répit bienvenu : il est presque plat. Et surtout il n’y a pas de marches. Ça fait tout bizarre. Un peu comme un marin lorsqu’il rentre à terre.

Nous croisons un jeune couple, elle portant une cafetière fumante, lui un mug à la main. L’air embaume le café. La salive afflue dans la bouche qui restera sur sa faim. Quelques mètres plus loin, un refuge, ouvert, deux chaises de camping installées devant. Leur nid.

Nous gardons le torrent sur notre droite. Environ une heure après avoir quitté Puntid, nous arrivons à la hauteur de Gerra. Gerra est un hameau composé de 4 ou 5 bâtiments, mais est principalement connu pour sa Splüia Bela, une construction sous roche. Nous l’apercevons, de l’autre côté d’un pont métallique, moitié à l’ombre, moitié au soleil. « Ce soir, au retour », me dit Stefano, confiant.

Trois torrents viennent alimenter, à quelques mètres d’intervalle, le fiume Calnègia. Ils prennent tous leur source sur les flancs du Pizzo d’Orsalìa, qui culmine à 2’663 mètres. L’un d’eux, le plus long, porte d’ailleurs le nom du pic : ri d’Orsalìa. C’est celui de droite, sur la photo ci-dessous.

Nous arrivons au fond de la vallée. Un village, Calnègia, s’accapare les premiers rayons du soleil.

Le sentier le traverse et continue là-bas, quelque part.

Nous avions déjà remarqué lors d’une précédente balade l’ajout de pastilles oranges fluo au marquage traditionnel rouge et blanc. Selon le terrain, ce complément de marquage est appréciable. Et apprécié.

Nous traversons le fiume Calnègia, suffisamment large pour que l’eau, bien répartie, soit aisément franchissable. La suite de la balade va se faire en suivant le ri della Crosa, ruisseau, ou plutôt torrent qui s’échappe des lacs que nous convoitons.

Au sortir « officiel » de la vallée. Ici s’arrête l’alpage.

Voici mon horizon lorsque je préfère ne pas regarder ce qui nous attend : une belle paire de mollet terminée par des Bouthan, par Millet.

Et là, une belle illustration de la montée au sortir de Calnègia : des marches étroites, mais surtout très hautes. Pas facile à la montée, mais si vous voulez mon avis, nous allons également déguster à la descente.

On remarquera la langue dehors !

La montée continue ainsi, de virage en virage, de marche en marche. Voilà où nous sommes, un peu plus d’une heure après avoir traversé le Canelgìa.

Il a l’air tout près mais entre-temps, nous avons pris 500 mètres d’altitude.

Un replat se profile. Je ne mentirais pas en disant que j’anticipe la trêve qui ne va pas manquer de l’accompagner.

Foroglio : 2h05. Oui en volant c’est faisable ! A pied, j’ai des doutes !

Nous sommes à Gradisc, un petit alpage.

Gradisc : 1’714 mètres. 35 mètres de plus que le Mont Tendre. Rien, si on relativise. Mais allez savoir pourquoi monter jusqu’ici demande tant d’effort ! Et ce n’est pas fini, car les lacs sont encore plus hauts !

Le prochain objectif est Mött, un autre alpage. Sur un autre replat. 300 mètres plus haut. Des marches d’escalier de géant.

Mais ici, point de marche. Des prés et des pierres. Et des mélèzes et un grand ciel bleu. Le bonheur, quoi !

Voici Mött. Une croix, deux maisons de pierre sèche au toit récemment refait. L’alignement et la disposition des pierres est une pure merveille.

Encore un ultime effort et nous voici près du cairn.

De là, nous voyons un premier lac. Le plus petit. Il est 13h44. Quelque part sur la crête, plutôt au centre gauche, une bochetta qui permet de rejoindre le laghetto d’Antabia.

Nous descendons vers le lac, espérant apercevoir l’autre sans avoir à trop marcher. Il est presque 14h et même si, paraît-il, la descente est plus rapide que la montée, avec toutes ces marches, on ne sait jamais.

Le second lac se révèle bientôt.

Les gros cailloux qui le bordent invitent à la pause. Impossible d’y résister : nous n’irons pas plus loin.

Pendant que je barbote, un hélicoptère de l’armée suisse passe et repasse.

Rafraîchis (en tout cas moi), repus et reposés, nous commençons le retour. En partant résolument vers le sommet de la crête qui sépare le lac de Mött. Peut-être arriverons-nous à avoir une belle vue. Nous ne saurons jamais car le soleil ne se montre pas coopératif pour un sou. Inutile d’insister. De gros nuages sombres campent sur les deux sommets surplombant les lacs : Madone di Formazzöö et Pizzo Fiorèra. Côté nord, c’est plutôt pas mal mais ça ne nous aide pas trop.

Nous voici à Mött.

Dernier replat avant la plongée vers Gradisc.

Plongée qui fut plutôt agréable, entrecoupée par nos chants sans queue ni tête dont la fonction première est de nous occuper l’esprit. Dans d’autres contrées, nos chansons servent plutôt à faire fuir les ours.

En plus des pastilles oranges dont je parlais, quelques numéros, entourés de jaune, décorent les marches.

Une belle définition du mot « raide ». Oui oui, nous l’avons fait dans l’autre sens, dans le sens de la montée.

Un peu avant le portail qui marque le début du pâturage de Calnègia.

Il est 17h44 et Calnègia est déjà à l’ombre. Ça sent une arrivée à la voiture après 19h, ce qui n’est pas pour me déplaire. Les jours de vacances sont fait pour être bien remplis : ils sont tellement rares.

Nous nous mettons en mode pas rapide, profitant de la faible déclivité du sentier qui rallie Calnègia à Puntid.

Le pont, qui va à Gerra. On devine Splüia Bela, sous le gros rocher. On se regarde hilares : le « ce soir » lancé par Stefano ce matin se transforme soudainement en « la prochaine fois ».

Le lit du fiume Calnègia. Seul le bruit de l’eau qui y coule trahit sa présence.

Nous recroisons nos deux ermites à la cafetière de ce matin, cette fois devant un plat de pâtes fumant ! Y’en a qui ont de la chance, lance Stefano !

Puntid.

Nos dernières marches de la journée. We almost did it!

Nous nous arrêtons à l’auberge de Foroglio pour acheter deux bouteilles de jus de pomme, en prévision de notre traditionnel apéro. La serveuse semble submergée et c’est sans hésiter qu’elle me tend deux bouteilles en verre qui manqueront forcément au moment de rendre les caisses de vide au livreur. Ouf.

Sur le parking, d’autres vans. Des couples, des familles entières. Je vois des ombres bouger derrière les vitres. Je m’assieds sur un muret pour enlever mes chaussures. Aujourd’hui, je n’ai pas eu mal aux talons. Sans doute grâce aux patchs de Flector que je place au niveau du tendon d’Achille, le soir au coucher. Et ce, sur les deux pieds. Depuis 4 jours. Ce soir dernier jour, la boîte étant finie. J’en fais peut-être un usage détourné mais ça semble fonctionner.

Il est passé 20h lorsque nous arrivons à Cevio. Il fait sombre, presque nuit. Nous restons néanmoins dehors un moment, appréciant la tranquillité et l’air frais, les mollets bien protégés des moustiques par quelques pulvérisations de DEET, acheté précipitamment à la pharmacie il y a quelques jours.

Itinéraire du jour

C’est ici et c’est chez Suisse Mobile.

Autoportraits du jour

C’en est fini de la montée ! Le premier lac, le plus petit, est visible

Au Laghi della Cròsa.

Quelque part lors de la descente. Nous ne sommes pas encore à Puntid.

Références externes

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À propos de Marie-Catherine

Randonneuse, blogueuse et photographe amateur chez Two Swiss Hikers.

En phase de préparation de voyage, je m'occupe du choix voire de l'achat du matos et organise les bagages. Ma principale activité consiste à me réjouir des vacances qui arrivent ! Je deviens plus active au retour : il faut trier les photos (et des photos, il y en a...) et rédiger les billets de ce blog.