Fernandeshitta

La météo étant incertaine et les sentiers encore détrempés, nous restons dans notre zone de confort en terme de risque mais certainement pas en terme d’effort phyique. Partis de Bort, la montée à Waldspitz d’abord, puis celle menant à Fernandeshitta, resteront pour longtemps gravées dans la mémoire nos fessiers.

Il est 8:30 lors que nous sortons de l’appartement. Nous échangeons quelques mots avec Daniela, notre hôte, avant d’attraper le bus, à 8:36. Même si Stefano se débrouille en allemand, l’anglais reste notre langue de conversation. Arrivés à la gare routière, nous marchons vers le départ du télécabine qui monte à First. Grindelwald se réveille. Les magasins de sport sont déjà ouverts et les vestes et autres vêtements de sport tentent de séduire les passants matinaux. Les prix affichés sont des prix de fin de saison.

Nous débarquons à Bort.

Au-dessus de nous, la passerelle de First s’avance dans le vide. Une énorme virgule, suspendue dans les airs. Stefano me montre un chalet, juste à l’orée de la forêt, très très haut sur la montagne. Nous allons là, annonce-t-il sans préambule.

Le repos du guerrier, avant même que la guerre n’est commencée. Nous n’avons parcouru qu’une petite portion de route, raide, certes, mais courte. Rien à voir avec ce qui nous attend. Mais ça, je ne le sais pas encore…

Un œil avisé (et surtout un œil qui sait quoi regarder) repérera très vite la virgule dont je parlais précédemment.

Et là, tout en haut, tout à gauche, le premier objectif de la journée : arriver à l’orée de la forêt. Vivants, de préférence.

Le sentier qui y mène vaut le détour. Il a été soigneusement tracé.

D’abord gravillonné, il se raidit, se contorsionne, agrémentant le pas du promeneur de nombreuses marches, de taille plus ou moins égale.

Montant dans la forêt, il nous offre à quelques reprises une ouverture pour apprécier le paysage environnant. Paysage perdu dans les nuages, grâce à une visibilité proche de zéro.

Nous sommes presque surpris lorsque les arbres se raréfient et que le toit du chalet émerge du faîte des sapins. Il s’agit du restaurant Waldspitz. Une serveuse s’affaire sur la terrasse, nettoyant les tables et débarrassant les chaises de la fine couche de neige tombée durant la nuit. Elle ne nous salue pas. Nous ne saluons pas. Si d’aventure nous avions envisagé de boire un café, notre envie serait retombée, aussi sec.

Stefano enlève son sac à dos. La sueur marque l’emplacement des bretelles et de l’appareil photo. Moi, je préfère garder le dos au chaud.

De là où nous sommes, non loin du poteau aux panneaux, nous devrions voir un sentier. Le GPS de Stefano confirme également sa présence. Ne voyant rien, nous en déduisons qu’il monte à gauche du restaurant, contournant le parking, évitant le potager avant de mener à une clôture où un passage est aménagé. Aucune marque rouge et blanche ne vient l’indiquer. Il monte dans le pré, se mélangeant aux social trails laissés par les vaches.

Après quelques errances et incertitudes, il devient plus marqué et nos doutes s’envolent.

En bas, le toit du restaurant.

En face, des sommets dont le nom se termine par « horn » (corne). Schreckhorn à droite, Wetterhorn à gauche ? Sans garantie aucune. Mon ignorance n’est pas du désintérêt… C’est juste qu’il y en a beaucoup, que les sonorités sont inhabituelles (tout comme l’orthographe d’ailleurs) et qu’il m’est difficile de retenir les noms faute de les associer à quelque chose de concret.

MC a renoncé au short aujourd’hui.

Nous marchons à flanc de montagne. Parfois le sentier s’enfonce dans la terre, en une ornière profonde dont les bords nous raclent les mollets. Des traces de sabots viennent se mêler à celles des chaussures de randonnée.

Nous contournons le Furggenhorn, passant entre des falaises. Sans être aérien, le tracé est vraiment intéressant, un peu technique et surtout très varié. Un véritable bonheur.

Il amorce une petite descente, avant de rejoindre une piste forestière. Personne n’est encore passé par là, ce matin.

Nous suivons la piste forestière sur quelques dizaines de mètres seulement.

Arrivés en contrebas des prés, nous retrouvons un panneau jaune.

Nous ne verrons que les toits des chalets de Spielmatten. Par contre, nous nous arrêtons à ceux proches du lieu-dit Fleesch.

Le chalet principal est construit de pierres et la charpente recouverte de tavillons. Une bâtisse solide. Un tuyau alimente un abreuvoir, qui n’en finit pas de déborder. Ici l’eau coule à flot.

Un coup d’œil vers le haut nous confirme que la montée n’est pas finie.

Vue plongeante sur les chalets.

Parvenus aux panneaux jaunes que nous apercevions près des chalets, nous dédaignons le sentier qui monte directement dans la pente et arrive aux deux petits lacs en contrebas de Fernandeshitta. Ce n’est pas la déclivité qui nous rebute mais le fait que c’est un raccourci qui nous ferait arriver trop tôt à destination. Nous préférons faire le « grand tour », quitte à repasser sur nos traces d’hier, mais dans l’autre sens.

Nous arrivons sur un replat.

Les pins cembro (ou pins des Alpes) occupent de plus en plus l’espace. Sur ces versants non protégés, exposés à la neige et au vent, ils ne dépassent guère deux mètres de hauteur.

Nous venons d’ailleurs de traverser une mini-forêt, où une branche m’a fait une caresse appuyée sur la joue. J’en ressentirais les picotements durant quelques minutes.

Nous « jouons » un moment à rectifier le cours d’un petit ruisseau afin que l’eau parte dans le pré plutôt que sur le sentier. L’eau coule abondamment d’un trou dans le sol.

Nous nous remettons en route lorsque nos travaux de terrassement nous satisfont : après une légère courbe due à une pierre solidement enfoncée dans le sol, l’eau coule maintenant parallèlement à la pente.

Après une longue traversée, nous arrivons dans cet ensemble de gros rochers que nous avons baptisé « le grand dérangement ». Une fine couche de neige s’est ajoutée à celle d’hier.

Nous distinguons les sinuosités du sentier que nous avons dédaigné tout à l’heure et nous nous félicitons de notre choix. Avec cette visibilité réduite et les pierres rendues glissantes par la neige, mieux vaut jouer la carte de la prudence.

Stèle.

Arrivée à Fernandeshitta.

C’est pas pour dire, mais il fait frisquet à 2’402 mètres d’altitude. Nous rentrons nous mettre à l’abri. À l’intérieur, les rondins ont été laissés bruts et quelques petits courant d’air gardent l’air frais. Un vieux matelas a été glissé entre des poutres, le mettant à l’abri de la vermine et des rongeurs. Un banc accueille les sacs et nos séants. Une sorte de coffre, à en juger les ferrures, est accolé à un mur.

Alors que je tente un autoportrait (pas si mal réussi d’ailleurs), nous sommes rejoints par un couple de randonneurs.

Ils ont dû me voir courir comme un lapin après avoir appuyé sur le déclencheur. Ils nous proposent leurs services, ce que nous ne refusons jamais. Le résultat est beaucoup plus « équilibré » (voir la rubrique Autoportraits du jour).

Nous les invitons à rentrer alors que nous nous préparons à repartir.

Il est si chou, ce refuge, avec sa petite houppe d’herbe jaune devant.

Et comme nous ne savons pas quand nous reviendrons ici, nous abusons un peu…

Passage par lequel nous sommes arrivés hier.

Derrière, la crête et la vue sur les petits lacs presque gelés.

Et vue également sur Fernandeshitta.

Si nous avions pris le chemin le plus court, et donc le plus raide, nous serions arrivés par le sentier de droite.

Le paysage est monochrome. Seul le jaune des panneaux ressort. Nous avons au moins une raison de revenir ici : voir cet endroit sous le soleil. Je l’avais commandé mais il n’est pas venu.

Nous marchons vers Bachsee. La fine couche de neige a recouvert la boue de la veille, rendant la marche plus agréable et le pas plus sûr.

Nous décidons de revenir sur Bort à pied. Nous allons longer le Milibach, ce ruisseau-torrent alimenté par le Bachsee.

Nous sommes étonnés de constater que certaines portions du sentier sont pavées.

Le bassin marécageux dans lequel le Milibach circule.

Au bout, le vide et une grande chute d’eau.

Alors que nous contemplons le sentier qui descend de First et que nous avons renoncé à emprunter pour cause de terrain trop humide, nous repérons d’abord un, puis deux, puis une dizaine, vingtaine de chamois. Nous en compterons une cinquantaine. Nous observons avec intérêt des retardataires dévaler la pente pour rejoindre le gros du troupeau.

Nous arrivons au lieu-dit Bachläger, un groupe de chalets d’alpage aux volets clos.

C’est là où tous les petits affluents du Milibach se rejoignent. L’eau est ensuite naturellement canalisée pour se jeter de la falaise. Nous n’avons d’autre choix que de suivre la route qui part vers la droite.

La « virgule » dont je parlais ce matin. Nous n’avons jamais parcouru plus de 10 mètres sur la passerelle. Bon, il faut dire que nous ne nous sommes pas forcés. Ne dit-on pas : « là où il y a de la gêne, y’a pas de plaisir ? ».

Après une centaine de mètres sur la route, nous arrivons au restaurant Waldspitz. Stefano me propose de redescendre par le sentier emprunté ce matin. Aussitôt dit, aussitôt fait.

Une fois en bas, nous répétons une évidence : toute montée est 1’000 fois agréable que la descente. Ce sentier en est une parfaite illustration.

De Bort, nous descendons à Grindelwald en télécabine avant d’attraper le bus qui nous lâche à Tuftbach, deux montées avant notre appartement. Même si le soleil a brillé par son absence, nous sommes ravis de notre journée.

Itinéraire du jour

C’est ici et c’est chez Suisse Mobile.

Autoportraits du jour

À Spielmatten Hütten. Je crois bien que nous avons tous les deux les yeux fermés.

À Fernandeshitta.

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À propos de Marie-Catherine

Randonneuse, blogueuse et photographe amateur chez Two Swiss Hikers.

En phase de préparation de voyage, je m'occupe du choix voire de l'achat du matos et organise les bagages. Ma principale activité consiste à me réjouir des vacances qui arrivent ! Je deviens plus active au retour : il faut trier les photos (et des photos, il y en a...) et rédiger les billets de ce blog.

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