Salmon Ruins

En transhumance entre Alamosa et Cortez, nous faisons un petit détour par Bloomfield, au Nouveau Mexique, pour visiter Salmon Ruins, un site composé d’un musée et d’un village chacoan en partie excavé. Pour avoir souvent séjourné à Farmigton, nous sommes souvent passés devant cet endroit, sans jamais nous arrêter. Aujourd’hui, c’est l’occasion ou jamais de le découvrir, même si sa visite occasionne un léger détour. Qui plus est, nous sommes dimanche, et il ouvre à midi. Nous y arrivons quelques minutes à peine après son ouverture.

Mais avant de vous conter notre visite, faisons un petit retour arrière sur notre voyage. Nous quittons Alamosa peu après 8h et empruntons la US 285 vers le sud. Très vite, nous pénétrons dans le Conejos County, qui, déception, ne se nomme pas ainsi à cause de ses habitants lapins mais qui, en 2020, était le county du Colorado comptant le plus grand pourcentage de population hispanique (50.67%).  Nous ne résistons pas une seconde à un panneau annonçant The oldest church in Colorado, d’autant que nous avions repéré l’église depuis la route. L’allée qui y mène s’appelle Veterans Boulevard et est bordée de jeunes arbres, encore entouré de fils métalliques pour les protéger des biches et autres cervidés, chacun d’entre eux accompagné d’une plaque métallique gravée montée sur tige.

Le Veterans Boulevard se termine un peu avant l’église, par deux amas de rochers sur lesquels repose une sculpture métallique et un texte. Le premier Freedom isn’t free est un texte que je trouve particulièrement d’actualité (ça n’engage que moi), et auquel bien des personnes à qui le gouvernement tente soi-disant de voler la liberté devraient réfléchir. J’ai toujours en mémoire les premières minutes – je n’ai jamais pu en regarder plus – du film « Il faut sauver le soldat Ryan » et la boucherie qui accompagna le débarquement.

Les arbres plantés sont des érables de deux variétés différentes : October Glory Red maple tree et Automn blaze maple tree. La croissance de ces deux essences est rapide et le boulevard devrait être très rapidement ombragé. Les feuilles de ces deux arbres virent au rouge flamboyant durant l’automne. Un bel hommage.

La seconde sculpture porte également une inscription qui donne à penser : all gave some – some gave all.

Voici enfin l’église catholique la plus ancienne du Colorado : Our Lady of Guadeloupe, construite en 1858 et encore en activité.

Notre halte dure à peine quelques minutes. Les photos se font à la va-vite car l’air est glacial.

Après Antonito, nous partons à l’ouest en direction de Chama et traversons une zone montagneuse qui nous conduit à plus de 3’000 mètres au-dessus du niveau de la mer. À 3’185, pour être précise.  Le froid s’accentue, l’air se vivifie encore et les cours d’eau que l’on peut apercevoir depuis la route sont partiellement gelés. La pose photo se fait en accéléré.

C’est donc après les douze coups de midi que nous arrivons à Salmon Ruins (à prononcer ‘sʌmon). Et c’est ainsi que nous apprenons, Stefano et moi, en ce jour de grâce 2022 que le « l » de salmon ne se prononce pas en anglais. Ici, en plus, le « æ » se prononce « 0 ».

A l’intérieur, la gardienne du musée nous annonce que nous sommes ces premiers visiteurs (sans surprise car le parking est vide) et nous donne un classeur avec des explications par numéro.

Nous restons un moment à l’intérieur du musée mais très vite l’air frais nous appelle. Ce n’est pas que nous n’avons rien à y apprendre, mais il est très modeste par rapport à celui de Blanding, Edge of the Cedars, dans lequel nous aimons passer des heures, surtout lorsqu’il pleut ou qu’il neige dehors.

Salmon Ruins a été ainsi nommé du nom de la famille qui fut propriétaire des terres et qui s’assura de leur protection et évita leur saccage. Les premières pièces du village furent construites entre 1090 et 1095 par des anciens habitants de Chaco Canyon. 275 à 300 pièces étaient réparties sur trois étages, autour d’un kiva construit sous forme de tour.

Un énorme travail d’excavation fut effectué entre 1970 et 1979. Seul un tiers du site fût fouillé mais plus de 1.5 millions d’artefacts et d’échantillons furent répertoriés. Tous les détails ont été réunis et sont consultable sur le site de la SPARC: Salmon Pueblo Archeological Research Collection. Tout y est, y compris les notes prises par les archéologues.

Nous suivons le sentier, contemplons les murs, admirons le travail de maçonnerie, si semblable à celui trouvé à Chaco.

Ce qui est étonnant ici, est l’utilisation de galets dans la construction des fondations de ce kiva.

Malgré le classeur prêté par la gardienne, il nous est difficile de différencier les murs d’origine de ceux reconstruits, et de décider si les ouvertures ont été condamnées pendant ou après l’occupation du village.

Un chat nous suit, miaulant, cherchant désespérément des caresses. Il me tend une embuscade, caché sur le haut d’un mur, qu’il est pourtant interdit de piétiner. Son museau frôle ma joue, me faisant sursauter.

Le site fut déserté dès 1280 et une grande partie fut intentionnellement brûlée. Les corps partiellement brûlés d’une vingtaine d’enfants et de quelques adultes furent retrouvés sur le toit du kiva central. D’abord, on crût à un acte de guerre mais une étude plus approfondie réfuta cette thèse, aucune preuve ne pouvant étayer cette hypothèse. Il s’agirait donc d’un massacre perpétré par les habitants, avant de quitter les lieux.

The Tower kiva, référencé sous le numéro 64w par la SPARC.

Et là, the Great Kiva, numéro 130w.

Le tour fini, nous partons vers la seconde partie du parc, un sentier didactique ponctué de panneaux explicatifs. Encore debout, la vieille ferme de la famille Salmon, ombragée par des cottonwood trees.

Certains sont en meilleure forme que d’autres !

Nous prenons le sentier didactique à contresens, involontairement, mais notre lecture n’en est pas perturbée pour autant. Nous connaissons depuis longtemps les différents « ères » qui décrivent l’évolution des native americans.

Notre seul gros effort de la journée est de remonter au musée. Nous y croisons deux visiteurs supplémentaires. Nous discutons un moment avec la dame qui aborde le sujet Covid, se demandant si ce n’est pas un message envoyé par Dieu. Diplomatiquement, nous hochons la tête et repartons vers Cortez, où nous arrivons deux heures après, vers 18h. Nous traversons la cour pour aller dîner, dans un restaurant – Destination Grill – où le Covid n’existe vraisemblablement pas, mais où la bière coule à flot et où le poulet au romarin est un délice.

Autoportraits du jour

Devant notre petit nid douillet !

Références externes

En anglais

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À propos de Marie-Catherine

Randonneuse, blogueuse et photographe amateur chez Two Swiss Hikers.

En phase de préparation de voyage, je m'occupe du choix voire de l'achat du matos et organise les bagages. Ma principale activité consiste à me réjouir des vacances qui arrivent ! Je deviens plus active au retour : il faut trier les photos (et des photos, il y en a...) et rédiger les billets de ce blog.

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