Nine Mile Canyon – Jour 1

Nine Mile Canyon est connu pour être la plus longue galerie d’art du monde. Panneaux de pétroglyphes et peintures se succèdent sur près de quarante miles, dessinés par les peuples Fremont et Ute. Nous commençons nos vacances par un premier aperçu des merveilles que recèle Nine Mile Canyon.

Nos premières vacances depuis mai 2017. Nous nous étions pourtant dit que nous ne retournerions pas aux USA durant quelques années et avions en tête de découvrir la Suisse et l’Europe. Mais l’appel de l’Ouest et des trésors archéologiques qu’il recèle, a été plus fort que tout. Et on peut sans exagération qualifier Nine Mile Canyon de joyau.

Journée du 17 avril 2018

Les grèves chez Air France nous obligent à monter lundi 16/4 à Paris et passer la nuit sur place, notre vol Delta pour Salt Lake City, Utah n’étant que le mardi. Nous arrivons à notre destination finale vers 13h et il nous faut marcher quelques dizaines de mètres pour prendre possession de la voiture de location : le sort décide pour une Chevrolet Traverse, AWD. Elle est bien grosse et grande; nous ne serons pas à l’étroit.

Chez Smith’s, nous trouvons la collection quasi complète de Clif Bars et nous repartons avec 10 boîtes de 12 barres, dont 9 parfums différents. Nous nous léchons déjà les babines. Puis sous faisons un saut chez Walmart pour compléter nos courses (lait protéiné, crème solaire, …) mais là, comme de plus en plus souvent chez Walmart, le gardien nous refuse l’entrée à cause de nos sacs à dos. Résultat : nous nous séparons, l’un dans la voiture avec les sacs, l’autre en charge des courses et c’est du coup beaucoup moins drôle.

Vers 15h30, nous prenons la route en direction de Price, Utah par où nous étions passés en 2011. Nous ne gardons que le vague souvenir d’une gorge et de l’exploitation minière de charbon. Effectivement, la route qui y mène suit la Price River (qui totalise 220 km de long) qui finit par se jeter dans la Green River.

Price est une ville de taille moyenne, qui semble assez active vu l’état de ses commerces, pour la plupart ouverts. Après avoir déposé notre matos dans la chambre, fort spacieuse d’ailleurs, que nous occuperons les 3 prochaines nuits, nous partons à pied vers un des restaurants repérés par Stefano. Nous optons pour le plus proche, le Main Street Grill. Nous y mangeons très bien et, pour ne rien gâcher, la température n’y est pas glaciale. Tiens, d’ailleurs, en parlant de température… En arrivant à Salt Lake City, il neigeait et ici, à Price, nous devons être à peine au-dessus de 0°. Nous avons donc superposé les couches, en espérant que les températures deviennent plus clémentes dans les jours à venir, notre garde-robe étant principalement constituée de t-shirts.

Journée du 18 avril 2018

Mais bon, revenons à nos moutons, et plus précisément à notre première visite de Nine Mile Canyon.

Stefano m’a déjà annoncé que l’exploration de ce canyon allait se faire principalement en voiture. Pas ou peu de marche prévue, tout au plus un peu d’exploration et de scrambling. Hum, c’est également une manière assez sympa de passer du mode boulot au mode vacances.

Levés à 5h50, nous partons vers 7h. Le ciel est tout bleu et les températures hivernales. Nous nous dirigeons vers Wellington, un petit bled désolé et désolant et bifurquons vers le Soldier Creek Road, la route qui nous amènera ensuite à Nine Mile Canyon. A la station Chevron, nous mettons notre compteur de miles à 0 afin de nous synchroniser avec les notes que Stefano a préparées. Nous avons plus de 5 pages A3 de notes et de points d’intérêt. C’est d’ailleurs pour cela que nous reviendrons demain, afin d’en voir un peu plus.

First Site (mile 26.7)

Après quelques 42 kilomètres, nous faisons notre premier arrêt au First Site.

Sans surprise nous n’avons vu ou croisé personne. Il est encore un peu tôt.

Nous regardons le thermomètre de la voiture : 20° F, soit -6.6° C. Hum… Les doudounes voire les gants ne seront pas de trop.

Les pétroglyphes de First Site sont encore à l’ombre.  Il y a plusieurs panneaux, dont certains très abîmés, soit par l’humain soit simplement par le temps.

Deux sont situés au raz du sol et un à environ 3 mètres de haut.

Les animaux à corne (chèvres, bouquetins, biches ou cerfs) sont très présents.

Un détail du panneau ci-dessus : il semblerait bien que la bête à corne se fasse attaquer par un prédateur. Peut-être un chien ou un coyote ?

Je parviens à monter à proximité du troisième panneau. Mais c’est plus pour le sport que pour la photo car j’ai zéro recul. Lorsque je redescends de mon perchoir, je ne sens plus mes mains (il faut quand même -6° C) et je file à la voiture chercher des gants. La vie, d’un coup, devient beaucoup plus belle.

Ce panneau est sublime. Outre des bêtes à cornes, il présente des formes anthropomorphiques aux silhouettes variées : au bonhomme longiligne aux bras levés succède un tracagnott (court sur pattes) aux pieds énormes (mais à cinq doigts quand même) affublé d’antennes.

Sur la droite de ce panneau, un symbole que nous ne connaissons pas, et qui ressemble à une couronne (1). Plus loin, sur la paroi, deux blocs rectangulaires ne contenant que des points, espacés régulièrement (2).

Nous reprenons la voiture qui, restée au soleil, offre un abri réconfortant. Mais je crois bien me rappeler que Stefano a mis le chauffage, afin de redonner un peu de mobilité à nos doigts gourds.

Warriors with Shields (mile 29.7)

3 miles plus tard, nous sommes bien réchauffés. Le guide imprimé par Stefano nous annonce des guerriers avec des boucliers.

Nous laissons la voiture au bord de la route et parton explorer la falaise exposée au soleil.

D’abord une petite chèvre, au bas du bloc de rochers, et des initiales beaucoup plus récente. Pour la petite histoire, ce canyon a été longtemps une voie de communication entre Fort Duchesne et la ville de Price où passait le train. Bien avant, au début du 19ème siècle, les trappeurs passaient par ce canyon. La seconde expédition consacrée à l’exploration du Colorado et menée par John Wesley Powell, campa près de l’entrée du canyon, en 1871.

Mais assez d’histoire.

Voici le paysage environnant. En premier plan, un œil averti peut distinguer une forme anthropomorphique piquée dans la roche.

Pas facile à discerner mais en voici une vue plus rapprochée : deux pieds, deux mains, une tête et des … antennes !

Un panneau, situé à proximité, se révèle très fourni.

Il a de tout : animaux et hommes (1) dont cette forme humaine aux pieds démesurés. Lui on peut dire qu’il y des pesciOOOOOONs ! (2) (private joke, ne cherchez pas !). Mais il est tellement chou.

Enfin, nos fameux guerriers arborant un bouclier. Ils ont servi de cible à des tirs au pistolet ou au fusil et sont donc pas mal abîmés.

La partie la plus intéressante et la plus représentative est certainement la partie où 3 guerriers munis d’un bouclier et armés d’un bâton (ou d’une lance) semblent se battre. Sur la photo ci-dessous, ils sont au-dessus des initiales S.F.

Mile 30.8

Des chèvres et une forme anthropomorphique. La diversité des représentations de bêtes et d’hommes est fascinante. Ici les formes sont évidées et les chèvres plutôt arrondies.

Mile 31.3

Là, nous sommes en présence de dessins plus récents, car représentant des chevaux. Les chevaux furent introduits par les espagnols durant le 16ème siècle.

On y voit un homme tirant un cheval et son cavalier. Nous doutons que les cheveux du premier homme soient d’origine. Mais l’ensemble est joli (1). Ce « fou du roi » est perdu parmi un enchevêtrement de lignes et un petit zoom montre bien son excentricité (2).

Témoignage de la dure loi du désert.

Argyle Canyon (mile 32.8)

Nous garons la voiture à la bifurcation et empruntons la piste à pied histoire de prendre le temps d’étudier les roches qui bordent la route. Nous remontons le canyon sur environ 500 mètres avant de nous rendre à l’évidence. Il n’y a rien. En revenant sur nos pas, nous réalisons que les panneaux sont quasiment à la bifurcation, où un bloc de rochers offre des pans de falaise propice au pecking (piquetage).

Et les habitants et passants de l’époque l’avaient bien remarqué.

Les styles se succèdent.

Ce panneau se situe à environ 15 mètres du sol (1). Nous étudions la topologie de la falaise et n’arrivons pas à déterminer par quels moyens les artistes ont pu concevoir leur œuvre. Œuvre qui n’est pas composée de deux ou trois sujets mais d’une belle brochette de chèvres et d’une série de triangles dont la signification reste obscure.

Balanced Rock (mile 32.5)

Lui, nous aurions pu le reconnaître sans aucune indication. Certains l’appellent Pig Head Rock, par sa ressemblance avec le personnage de dessin animé Porky Pig.

Tout autour de ce bloc de rochers, nous trouvons, sans surprise, des panneaux. Nous avons depuis longtemps compris que toute forme géologique extra-ordinaire était une sorte de point de repère pour les habitants de l’époque et que les alentours étaient souvent utilisés pour dessiner.

Commençons par le raz du sol… Stefano en plein travail car les vacances, dans l’esprit des Two Swiss Hikers, ne sont pas faites pour se reposer.

Il y a une multitude de petits panneaux, certains bien abîmés par le temps ou les balles de revolver.

D’autres panneaux sont plus conséquents, comme celui-là par exemple.

Il retient  toute notre attention. Les détails sont incroyables.

Nos notes nous annoncent un jongleur (juggler). Nous supposons que c’est cette forme anthropomorphique, sur la gauche, avec les bras en croix et un cercle sur chaque bras.

Mile 32.7

Le panneau est décrit comme représentant un serpent et des points. Je n’aurai pu en faire une meilleure description.

Mile 32.8

Cet arrêt n’est motivé que par la présence d’un camion abandonné, mentionné dans les notes de Stefano. Un panneau est censé se trouver non loin de ce camion.

Mais à part ce beau camion rouge, qui ne roulera sans doute plus jamais mais qui, cependant, justifie à lui tout seul notre arrêt, il n’y a rien.

A proximité du camion, de l’autre côté de la route, une maison dont les murs semblent encore debout et le toit intact. De là à dire qu’elle est habitée, c’est une toute autre histoire.

Les Cottonwood trees, nos arbres préférés, commencent à se couvrir de feuilles. Je n’arrive pas à me lasser de ces arbres dont la beauté et la majesté est constante au fil des saisons, qu’ils soient plus ou moins droits comme c’est le cas ici, ou tout tordus et déformés comme c’est le cas au fond des canyons où ils sont malmenés par les sécheresses prolongées et les flashfloods.

Mile 32.9

Inutile de dire que nous ne reprenons pas la voiture mais que nous y allons à pied. Un témoignage du passage du 6ème bataillon d’infanterie, le 9 février 1886 (1) et quelques dessins de chevaux du peuple Ute (car la période où ils ont occupé le territoire, est contemporaine de celle des espagnols puis des colons européens).

Mile 33.3

C’est là que se trouve le « fameux » camion qui est beaucoup moins photogénique que le précédent. Par contre, quelques vieilles bâtisses abandonnées sont pleines de charme.

Cette vieille maison de pierre a connu des jours meilleurs mais, à nos yeux,  elle reste magnifique.

Et c’est effectivement non loin le camion que nous trouvons un panneau dont une chèvre délicatement gravée.

Harmon Canyon (mile 33.6)

Harmon Canyon est un canyon perpendiculaire à Nine Mile Canyon. A la bifurcation, la route qui y mène part franchement au sud. En face de l’entrée de Harmon Canyon, un bloc de rocher idéalement exposé et surtout dont une grande partie de la surface est recouverte de vernis naturel, que les habitants faisait sauter à coup de pierre pour dessiner des formes.

Tous les espaces propices au piquetage sont utilisés.

A part quelques exceptions, comme celle-ci par exemple,

ou celle-là – où on appréciera les formes anthropomorphiques très stylisées et fantaisistes -,

les panneaux représentent tous des animaux, en majorité des bêtes à corne, montrant l’importance qu’elles représentaient dans le quotidien et/ou la survie des habitants de l’époque.

Entre Harmon Canyon et The Great Hunt Panel

Il est presque 15h30. Stefano me propose de pousser directement jusqu’au Great Hunt Panel sans plus nous arrêter. Puisque nous revenons demain, nous aurons le temps de ré-explorer avec minutie toute la partie ignorée.

Il nous faut donc rouler près de 13 miles. Mais, à deux ou trois reprises, nous abandonnons nos bonnes résolutions pour aller admirer des panneaux, repérés depuis la route. Difficile de résister. D’abord parce que ceux-ci, même si très simples, sont les premiers panneaux peints que nous voyons ici.

Ensuite, parce que les lignes ondulées (peut-être représentant de l’eau) et cette grue (1) sont très belles de même que ce quadrillage très inhabituel (2).

Allez, dernier arrêt.

Mais ça vaut la peine, promis !

The Great Hunt Panel (mile 46.3)

Nous y rencontrons le premier site aménagé pour les visites. Il y a un panneau explicatif, un parking et un chemin large et recouvert de gravier qui y amène.

Voici le Great Hunt Panel.

Ce panneau ne se contemple pas en quelques secondes. Nous restons devant, à admirer chaque détail, de longues minutes. D’abord, il y a les chèvres : leur corps rectangulaire, leurs cornes et leur 4 pattes bien droites, terminées par les sabots. Nous en dénombrons une vingtaine de grandes et une dizaine de petites. Les petites s’observent à partir de la seconde rangée et se trouvent systématiquement derrière un grande. Nous en déduisons que ce sont les petits. Ensuite les chasseurs.  Nous en identifions avec certitude 4, tous sur la droite, et armés d’arc et prêts à tirer. Et enfin, sur la première rangée, au centre, cette forme humaine, qui, selon les experts, est une représentation humaine de l’époque Fremont.

Non loin, mais beaucoup moins bien conservé, un autre panneau.

Sa particularité ? Ce bison, transpercé de deux flèches (2).

Nous revenons à la voiture et observons les alentours. Là encore, les pans de falaise ont servi de table à dessin.

Cet ensemble est atypique.

Big Buffalo (mile 46.1)

Il nous faut descendre et suivre un sentier sur quelques centaines de mètres.

Effectivement, le bison, il est gros !

Photo quelque peu saturée du superbe Big Buffalo Panel, à Nine Mile Canyon, dans l'Utah.

Il est 17h30 et nous avons plus d’1h30 de route pour rentrer. Nous pensons donc au retour. Mais avant Stefano a encore une petite surprise à me montrer : le Santa Panel. Et ce panneau est tellement incroyable qu’il mérite un billet à lui tout seul, même si ce dernier risque d’être tout rikiki.

Ensuite, nous rentrons à Price en commentant avec animation nos découvertes et la richesse du site. Des centaines de biches (non non je n’exagère pas) ont investi les pâturages du ranch dont les terres bordent la route, côté sud.

Nous retournons au Main Street Grill et nous en sortons toujours aussi contents. Nous avons désormais une cantine à Price à recommander aux amis…

Faune du jour

Linette, la bichette, que l’on dirait empaillée… Mais non, elle est bien vivante.

Une bichette croisée à Nine Mile Canyon, dans l'Utah.

Autoportraits du jour

Voir le billet suivant ;-).

Références externes

En anglais

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