Nous revenons sur nos traces de 2023 où la météo n’avait pas été très clémente. Nous n’avons que peu de temps – 2 jours pleins de randonnée devant nous – et optons pour un tracé un peu exigeant : la Gana Negra suivie du lago Retico. Le ciel bleu infini nous promet de merveilleux panoramas.
Hier, 18 septembre 2025
Depuis un moment déjà nous avons dans l’idée de passer quelques jours non loin du passo del Lucomagno. A quelques kilomètres du col, nous avions repéré, en 2023, un parking payant qui, en plus d’accueillir des voitures, offre 4 emplacements pour camping-cars. Pas d’électricité mais des toilettes et de l’eau (potable) sont à disposition. Pas de réservation possible, la disponibilité se constatant sur place, au moment d’arriver. Nous avions donc en plan B le camping du TCS à Olivone, moins pratique car plus éloigné des départs de randonnée. Mais, comme dit si bien le dicton, beggars can’t be choosy. Partis de la maison hier, jeudi, après le déjeuner, nous arrivons sur place vers 16h. Une des quatre places est libre, que nous nous empressons d’occuper, puis faisons le check-in sur l’app Parkn’Sleep. Au moins 4 ou 5 autres campers sont garés sur des places « normales », lanterneaux ouverts, nous laissant penser qu’ils sont là aussi pour la nuit.
Nous mettons les cales pour tenter d’avoir un semblant d’horizontalité mais le test du verre à moitié rempli indique leurs limites !
Comme cela fait quelques jours que nous sommes inactifs, et surtout afin de mériter un semblant d’apéro – et surtout les cacahuètes qui l’accompagnent – nous partons faire une petite promenade, de l’autre côté de la route avec pour but d’aller jusqu’au col, annoncé par un panneau à 55 minutes de marche.
Nous avions adoré ce plateau, où serpente le Brenno entre les mélèzes et les arolles.
Le sentier longe la route avant de rejoindre le torrent.
Nous faisons même un petit détour pour aller voir sa source. L’eau sourd d’une fente d’un rocher d’une vingtaine de centimètres de hauteur. Le flot est continu et le débit important.
La sente se faufile ensuite vers l’entrée d’une gorge où coule le Brenno del Lucomagno pour s’en éloigner aussitôt, en s’élevant. Nous regardons avec intérêt une trace qui pénètre dans la gorge, où le mélange des parois blanches de dolomie et le vert foncé des arolles est un appel à l’exploration. Au retour peut-être, me dit Stefano.
Le reste de la balade consiste à marcher sur un plateau avec, sur notre droite, la cima del Muro et le pizzo del Corvo.
Arrivés au col, nous poussons jusqu’au lago di Santa Maria.
Au retour, notre tentative d’acheter un bout de fromage à l’alpe Pertusio, que nous avions vue en construction en 2023, se solde par un échec, l’accès au self-service étant fermé à clé. Nous renonçons à l’exploration de la gorge, constatant avec consternation que le soleil se rapproche plus vite que prévu des cimes. Nous accélérons même le pas. De retour au van, chaises dehors, nous dégustons avec un bon Primitivo di Manduria, profitant des derniers rayons du soleil qui disparaît derrière le pizzo del Sole à 18h18 précisément.
Aujourd’hui, 19 septembre 2025
Il ne fait pas plus de 8° au réveil. Quelques coups de fusil ont retenti avant que nous nous levions. Le ciel est infiniment bleu. Le programme du jour se dessine au petit déjeuner : montée à la Gana Negra puis descente vers la capanna Bovarina avant de remonter vers le lago Retico. Retour par le même chemin. Stefano m’annonce entre 1600 et 1700 mètres de dénivelé pour une distance d’environ 20 km. Je prends, annoncé-je avec enthousiasme. OK, alors ne traînons pas, répond Stefano du tac au tac.
Nous fermons le van à 9h07 et partons par une piste carrossable vers Samprou, un lieu-dit où s’élèvent deux rustici (un rustico est une étable ou une vieille maison, le plus souvent rénovée qui est utilisée comme maison de vacances).
C’est plat pour exactement 330 mètres. Commence ensuite une montée infernale dans une prairie au milieu des arolles où le martellement des sabots du bétail n’a pas ménagé le sentier.
Heureusement que Stefano s’occupe de ce que nous appelons les « photos de contexte », que nous utilisons pour illustrer la balade. Moi, j’ai les yeux rivés au sol, où plutôt sur les chaussure de Stefano. J’ai oublié ma montre dans le van ce qui me libère de surveiller le cardio. Enfin, jusqu’à un certain point ! Lorsque le goût du sang se fait sentir dans la gorge, mieux vaut ralentir…
Voici la vue sur notre droite, sur le versant opposé du val di Blenio. Devant, quelques rochers plus noirs que d’autres, issus de la Gana Negra.
Sur notre gauche, des falaises de dolomie, au pied desquelles coulent des éboulis de cailloux, la dolomie étant une roche extrêmement peu stable et très friable.
Un replat me laisse reprendre mon souffle. Je lève les yeux pour constater que le répit sera court et que le passo di Gana Negra n’est pas tout à fait à portée de mains ! Ni de pieds d’ailleurs. Lors de notre précédente visite, nous l’avions atteint par le sentier partant du passo del Lucomagno, qui chemine juste au-dessous de la cima del Muro, cette pointe qui se dresse au milieu (plus ou moins de la photo ci-dessous).
Mais je dois avouer que je jubile. L’air est frais, parfaitement adapté à l’effort et la transparence de l’air est revigorante.
Nous reprenons la montée. Les arolles se raréfient puis disparaissent, laissant la place à une prairie jaune et sèche, dominée par l’imposant pizzo del Corvo, bien nommé de par sa couleur noire corbeau.
Soudain, dans l’immensité jaune, dans ma vision périphérique, je repère un point blanc. Je cesse de regarder les chaussures de Stefano et tourne la tête. Le résultat du premier coup d’œil est si inattendu que je regarde à nouveau. Mais oui, c’est bien ça ! Il s’agit bien d’edelweiss !
Du coup la montée s’adoucit un peu. Les spécimens sont nombreux et les deux randonneuses qui descendent sont aussi excitées que nous à leur vue !
1h30 après être partis, nous arrivons au passo di Gana Negra, 610 mètres plus haut que le parking.
Commence alors l’enchantement. D’une part le sentier a une belle tendance à descendre et d’autre part des rochers noirs, descendus tout droit du pizzo del Corvo, parsèment la prairie.
Sur la surface de certains, un lichen orange vif apporte un contraste absolument étonnant.
Lors de notre précédente visite, nous avions imaginé qu’un monstre s’était amusé à jeter ces rochers depuis le sommet du pizzo del Corvo. Mais, puni, il s’est retrouvé prisonnier dans une grotte, dont seule une petite ouverture, près de son œil, laisse filtrer de la lumière. Il peut ainsi contempler son œuvre et réfléchir aux conséquences de ses actes.
Le prochain objectif est de rejoindre la capanna Bovarina. Les rochers se raréfient et le sentier serpente maintenant dans la prairie.
Nous descendons suffisamment pour que les mélèzes et les arolles repeuplent les champs.
Un coup d’œil sur la carte nous permet d’éviter la capanna Bovarina et ainsi de perdre un peu plus que 100 mètres en coupant sur la gauche, vers un alpage qui paraît désaffecté. En tout cas, la fontaine est à sec.
Nous sommes sur un vieux sentier dont le marquage rouge et blanc a subi une tentative d’effacement. Avec plus ou moins de succès. Nous rejoignons le sentier en provenance de la capanna Bovirana à proximité d’un torrent, le fiume d’Orsàira. Torrent que je traverse prudemment, après avoir trempé mon tee-shirt dans l’eau fraîche en prévision de la montée qui nous attend.
De notre première visite, en 2023, Stefano n’avait pas vraiment de souvenirs de la montée, à part le fait que la première partie du sentier avait récemment refaite et ressemblait à une « autoroute ». Mes souvenirs à moi sont beaucoup plus vifs et depuis que je sais que nous revenons au lago Retico, je me prépare mentalement à absorber 400 mètres de dénivelé avec une pente moyenne de 24°. Bon écrit sur le papier, 24° ce n’est vraiment pas bézef. Mais ici, dans la vraie vie, c’est un mur à gravir. Même Stefano a de la peine. C’est dire.
Ici, nous avons presque atteint le lac, surplombé par la cima di Garina.
Voici un premier petit lac, avec, au fond, La Bianca, 2893 m.
Le second lac, le lago Retico, n’est pas loin.
Et cette fois, le niveau du torrent qui s’en échappe est suffisamment bas pour que nous puissions le traverser. En 2023, nous étions restés prisonniers du bord ouest du lac.
Nous cherchons en vain un petit coin à l’abri du vent pour savourer notre casse-croûte dans les meilleures conditions possibles.
L’appel de l’eau claire est plus fort que le vent et je m’offre un petit bain pour me mettre en appétit. Vous auriez résisté, vous ?
Repus, nous prenons un peu de hauteur pour tenter de voir le lac dans son entier. Mais il en manque toujours un bout !
Nous n’insistons pas. Il est 14h et nous sommes partis depuis 5 heures. Le retour se faisant par le même chemin, il ne faut pas traîner.
La descente jusqu’à l’alpage abandonné est clairement plus rapide que la montée. Entre deux pas, de temps en temps, nous levons la tête pour admirer le paysage. Sur le flanc de La Bianca, un de ces sillons s’appelle le val d’Inferno – val d’Enfer -. Tout est dit.
A distance, derrière nous, nous voyons le barrage du lago di Luzzone.

La remontée vers le passo di Gana Negra est peu exigeante et ressemble à une promenade de santé comparée à la montée au col puis au lago Retico.
En arrivant au passo di Gana Negra, ce matin, j’avais demandé à redescendre au van en faisant un détour par le passo del Lucomagno pour profiter d’une descente plus longue et donc plus douce. Lorsque nous y arrivons, il est 17h10. Faire le détour par le Lucomagno demanderait deux heures. Je me résigne. La descente se fera donc par le même itinéraire que la montée.
Derrière nous, le pizzo del Corvo, là même où est enfermé le monstre…

Nous arrivons au van à 18h18, exactement à l’heure où le soleil descend derrière la montagne. Même sans soleil, contrairement à hier, la température reste agréable – enfin avec une ou deux couches de plus – et c’est dehors, confortablement installés, un verre de vin dans une main, un bol de cacahuètes dans l’autre, que nous fêtons cette belle journée et notre retour au lago Retico, sous le soleil cette fois.
Flore du jour


Itinéraire du jour
C’est ici et c’est chez Suisse Mobile.
Autoportraits du jour
Au passo di Gana Negra.
Au lago Retico, après le petit bain.
Au même endroit, juste avant de commencer le retour.







































































