Lago Retico

Une journée placée sous une météo changeante qui illustre à merveille le dicton « quand la montagne a son chapeau, mets ta pelisse ou ton manteau ». Partis des hauteurs de Campo, la montée vers le Lago Retico se fait en serpentant dans des prés puis des pentes herbeuses verdoyantes. C’est un ciel couvert qui nous attends à l’arrivée au lac, de même qu’un vent violent et un froid glacial.

C’est sous un ciel indécis que nous partons ce matin, en direction de Campo Blenio. Arrivés au village, nous suivons l’itinéraire n° 6 – chemin des cols alpins – qui, à cet endroit-là, est une route d’exploitation goudronnée, parfaitement carrossable. Quelques virages « aveugles » nous font retenir notre respiration, craignant qu’un local matinal ne vienne en sens inverse, confiant et à vive allure, au volant d’un gros pick-up ou d’un tracteur.

Nos frayeurs ne sont pas prémonitoires et nous arrivons sans encombre au parking choisi pour Stefano pour notre départ de rando.

Nous commençons par suivre le Fiume d’Orsàira. Le sommet des montagnes est étouffé par les nuages.

Marque de piété dissimulée dans un arbre.

Le contraste de l’ombre et du soleil d’été sublime le vert des mélèzes et des prés.  Déjà, à quelques centaines de mètres de la voiture, le paysage est magnifique.

La traversée du Fiume d’Orsàira, faite à la hussarde, est un bon test d’imperméabilité des chaussures.

La question à poser n’est pas « passera, passera pas ? » Mais plutôt : « passera au sec ou passera mouillée ? ». Stefano attend, le doigt effleurant le déclencheur, tel le doigt du sniper sur la gâchette, à l’affût de LA prise de vue choc.

Les prés viennent d’être fauchés, embaumant l’air des senteurs de l’herbe coupée. Un âne solitaire, tenu à l’écart des vaches paissant non loin, s’approche de nous, à la recherche d’un peu de compagnie et d’une caresse. Mais le paysan, posté un peu plus haut, observant son domaine et nous ayant donc forcément repérés, refreine l’enthousiasme de Stefano qui se contentera de l’approcher seulement.

Devant nous, le sentier monte en zig-zag. Je ne le sais pas encore mais l’objectif du jour, le Lago Retico, se trouve derrière la crête… Non non, pas la première, la plus proche, mais bien la seconde, tout au fond.

Le sentier est un itinéraire de VTT.

Je doute qu’il soit fréquemment utilisé dans le sens de la montée. Mes doutes sont confirmés par la description de l’itinéraire n° 388 : Bovarina Bike. Nous profitons d’un passage ombragé pour déguster notre première barre de la journée.

La montée reprend, entre nuages et soleil. Le sentier est en cours d’aménagement. A cet endroit, la piste est à l’aplomb du Fiume d’Orsàira, qui coule une dizaine de mètres plus bas. Rien de tel qu’une belle barrière voyante pour calmer les ardeurs des plus téméraires.

Nous nous remémorons une balade faite sur les hauteurs du Colorado – Portal Overlook – , près de Moab, où un sentier déboule de la montagne en faisant un crochet de 90 degrés. Plusieurs panneaux annoncent le danger et au virage, un panneau informe des accidents récurrents survenus sur les lieux. Nous avons vu de nos yeux un cycliste arriver comme un fou, faire un dérapage plus ou moins contrôlé, se redresser fièrement, le sourire aux lèvres, avant de regarder sur sa droite, à moins de 30 cm, le précipice qu’il venait d’éviter un peu par hasard. En 2012, le compte était à trois accidents mortels. Je n’ose imaginer le nombre, 11 ans plus tard.

La seconde traversée du Fiume d’Orsàira se négocie au sec.

Cinq cents mètres plus loin, nous sommes à la capanna Bovarina. Nous sommes tout surpris de trouver les lieux fermés.

C’est ici que commence l’itinéraire de retour du n° 388.

Nous nous installons un moment sur la terrasse déserte, admirant les tables et les bancs en grès du Tessin. Tiens, nous verrions bien une table et des bancs similaires sous notre pergola, dans notre futur château d’Airolo. Bon, nous nous promettons de googler ce soir, histoire de nous faire une idée quant aux prix.

C’est là que les choses sérieuses commencent, m’annonce Stefano en pointant un panneau peint de rouge et de blanc. L’échauffement est terminé.

Le sentier, étroit, s’accroche à la pente.

Le Fiume d’Orsàira, inséparable, nous rejoint.

Stefano tend le bras vers le sommet de la montagne imposante. Le lac est derrière, me dit-il. Je jauge l’effort à fournir, le divise en pas et me dit que tout est une question de temps. Même pas peur.

Succédant à un joli raidillon, ce petit replat vient reposer nos jambes. Le soleil joue à cache-cache avec les nuages et la victoire est incertaine.

Stefano a même espoir de pousser jusqu’au Pass Cristallina.

Nous franchissons une troisième fois le Fiume d’Orsàira.

Nous sommes maintenant au pied de la montagne. Le sentier a récemment été travaillé et ressemble à une autoroute. Plus haut, les nuages sont de plus en plus sombres et notre espoir d’un rayon de soleil s’amenuise.

Comme elle avait commencé, l’autoroute s’arrête. Soudainement. Sans raison. Nous discernons la voiture, tout en bas, au soleil.

Le sentier marque maintenant le flanc de la montagne. Les pas répétés des randonneurs, peut-être également les sabots des bêtes sauvages ou du bétail, l’eau, profitant du relief et s’engouffrant dans la trace, ont raviné le terrain, y creusant une ride profonde et étroite, quelques fois multiples. Il devient difficile de prévoir la trajectoire et nous nous laissons guider par les peintures rouges et blanches.

La crête semble reculer à mesure que nous avançons.

Le vent s’est levé. Si, dans les premières minutes, nous en avons apprécié sa fraîcheur, nous frissonnons lorsqu’il se glisse entre le sac à dos et la peau, recouverte du tee-shirt mouillé. Nous nous résignons à nous arrêter pour enfiler un coupe-vent.

Puis, le terrain s’aplanit. Serait-on proche du but ?  Deux petits lacs précurseurs le confirment.

Voici le plus grand des deux.

Le Lago Retico est un peu plus loin. Vu l’absence de soleil, et pour prendre un peu de hauteur afin d’avoir du recul, notre première idée et d’abord de rejoindre le Pass Cristallina. Déception. Le sentier, qui contourne le lac par l’est, est coupé par un torrent – Ri di Scengio – et le passage nous paraît infranchissable. Le courant est soutenu, le volume d’eau important et les conditions météo guère favorables à un bain forcé. Sans succès, nous essayons de trouver un gué qui soit plus négociable.

Face à l’adversité (!), nous décidons de contourner le lac par l’ouest pour éventuellement rejoindre le col.

Première victoire: nous pouvons admirer le lac dans son entièreté.

Le vent souffle par rafale, nous faisant parfois dévier de notre trajectoire. Nous avons recroquevillé nos mains à l’intérieur des manches, cherchant à les mettre à l’abri de la morsure du froid. Mais alternativement, une main doit se sacrifier pour porter les bâtons.

Nous tentons sans succès de trouver un coin un peu abrité pour notre pause de midi. Le col est maintenant dans les nuages. Inutile de s’entêter. Nous revenons sur nos pas.

Aux abords du lac, nous attendons vainement un rayon de soleil. Las de se faire secouer par le vent, nous décidons de redescendre.

A peine avons-nous quitté la crête que le soleil revient. Damn it! Après un passage particulièrement raide, un relief de terrain nous protège des bourrasques.

C’est l’endroit rêvé pour la pause.

Nous avions craint la descente à cause de la forte déclivité. Mais elle ne nous sollicite pas trop. Peut-être est-ce aussi grâce au magnifique panorama que nous avons tout le loisir d’admirer.

Après avoir traversé le Fiume d’Orsàira, nous partons en direction d’une étable que nous voyons au loin. Un vague sentier y mène, qui semble avoir été « décommissionné »,  les marques rouges et blanches hâtivement grattées.

L’installation est encore en bon état malgré l’invasion de rumex.

Aucun nom sur la carte pour identifier cet endroit. Peut-être Foppa di Rèdich ? Une route en part et nous saisissons l’aubaine puisqu’elle va dans la bonne direction.

La route, ou plutôt la piste, nous ramène vers la capanna Bovarina. Au loin, on distingue le barrage du Luzzone.

Stefano, en train de photographier un des nombreux pieds de lis Martagon qui borde la piste.

Une maison, peut-être privée, très esthétique, domine la capanna Bovarina.

Sa fontaine est un chef d’œuvre.

Une personne, allongée sur une des belles tables de grès du Tessin, fumant une cigarette, nous tient éloignés de la cabane. L’image n’est pas belle. Nous admirons néanmoins la belle architecture du refuge.

Nous trouvons le sentier en charge de nous ramener à la voiture. Raide par endroit, il est marqué comme sentier de raquettes. Nous nous réjouissons d’y revenir un prochain hiver.

Nous passons de la forêt de mélèzes à des zones herbeuses et traversons même un hameau de maisons de vacances.

Sur un arbre, un champignon nous arrête un moment. Nous admirons les circonvolutions et sa belle couleur orangée. C’est un Polypore soufré, comestible pour l’homme, mais fatal pour son hôte. Aux Etats-Unis, il porte le nom de chicken of the woods car, à l’état juvénile, son goût et sa texture se rapproche de celui du poulet.

Aujourd’hui, la boucle sera parfaite. La voiture nous attend sagement là où nous l’avons laissée, solitaire. Le soleil l’a réchauffée presque toute la journée et c’est avec bonheur que nous nous installons sur les sièges surchauffés.

Flore du jour

Lis Martagon - Lilium Martagon
Lis Martagon – Lilium Martagon
Lis Martagon - Lilium Martagon
Lis Martagon – Lilium Martagon
Orobanche Blanche - Orobanche Alba
Orobanche Blanche – Orobanche Alba
Polypore Soufré - Laetiporus Sulphureus
Polypore Soufré – Laetiporus Sulphureus

Itinéraire du jour

C’est ici et c’est chez Suisse Mobile.

Autoportraits du jour

A la capanna Bovarina.

Près du Lago Retico.

Au-dessus du Lago Retico. Notez les cheveux en pétard de Stefano…

Lors de la descente.

Références externes

En français

   
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À propos de Marie-Catherine

Randonneuse, blogueuse et photographe amateur chez Two Swiss Hikers.

En phase de préparation de voyage, je m'occupe du choix voire de l'achat du matos et organise les bagages. Ma principale activité consiste à me réjouir des vacances qui arrivent ! Je deviens plus active au retour : il faut trier les photos (et des photos, il y en a...) et rédiger les billets de ce blog.

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